L’ancien ministre de la Jeunesse sous Macky Sall, Pape Malick Ndour, est sorti de son silence pour répondre aux propos tenus par le Premier ministre Ousmane Sonko lors du téra-meeting du 8 novembre. Le chef du gouvernement avait affirmé que l’ex-ministre, aujourd’hui placé sous bracelet électronique, était impliqué dans une affaire liée au rapport du Programme des Domaines agricoles communautaires (Prodac) — le même dossier qui avait valu à Sonko une condamnation pour diffamation en 2023. Dans une longue déclaration rendue publique, Pape Malick Ndour dénonce des « accusations fallacieuses et infondées », et accuse Ousmane Sonko de vouloir « travestir les faits à des fins politiques ».
Dès l’entame de sa mise au point, l’ancien ministre rappelle qu’il a toujours observé le silence par respect pour l’autorité judiciaire et pour le principe de séparation des pouvoirs. « Par principe, et comme chacun a pu le constater depuis mon interpellation, je me suis toujours refusé, en tant que républicain et par respect pour l’autorité judiciaire, à m’exprimer sur le dossier me concernant », écrit-il. Il explique avoir choisi cette réserve « par conviction profonde », estimant qu’il revenait à la justice, et non aux acteurs politiques, de trancher sur les faits. Mais face à ce qu’il qualifie de « contre-vérités répétées », il juge nécessaire de rétablir sa version des faits : « Ces accusations sont fallacieuses, infondées et traduisent une volonté manifeste de travestir les faits. »
Pour Pape Malick Ndour, l’erreur d’Ousmane Sonko est avant tout chronologique. Il soutient que l’affaire du « rapport du Prodac » a éclaté bien avant sa nomination à la tête du programme. « Le premier article de presse évoquant cette affaire a été publié par Dakaractu le 11 juin 2018, soit une année entière avant ma nomination, survenue le 6 juin 2019 », souligne-t-il. À partir de là, il s’interroge sur la logique même des accusations : « Comment, dès lors, un rapport dont la presse faisait déjà largement écho un an avant ma prise de fonction aurait-il pu m’épingler ? » Cet écart de dates, selon lui, suffirait à démontrer l’inanité des propos du Premier ministre.
L’ancien ministre avance ensuite un autre argument, cette fois lié à l’auteur présumé du rapport. Il rappelle que l’inspecteur des finances Samba Laobé Dieng, censé en être le rédacteur, est décédé le 1er octobre 2018, soit huit mois avant sa nomination. « Selon ceux qui défendent la thèse de l’existence d’un rapport de l’IGF sur le Prodac, l’auteur en serait l’inspecteur des finances Samba Laobé Dieng. Or, ce dernier est décédé avant ma prise de fonction. Faut-il comprendre que l’on m’accuse d’avoir été entendu et épinglé par un homme disparu ? La manipulation frôle ici l’absurde », ironise-t-il.
Pape Malick Ndour estime que cette polémique s’inscrit dans une stratégie politique visant à alimenter la thèse défendue par Ousmane Sonko depuis plusieurs années, celle de l’existence d’un rapport de l’Inspection générale des finances (IGF) compromettant certaines personnalités de l’ancien régime. « Je n’ai jamais été entendu par l’IGF, jamais rencontré un de ses enquêteurs, et durant toute la période où ce débat était alimenté dans la presse, j’exerçais mes fonctions au ministère des Finances », affirme-t-il, rejetant catégoriquement toute implication.
Pour étayer ses propos, l’ex-ministre annonce des démarches concrètes. Il entend saisir le ministre des Finances, Cheikh Diba, pour obtenir une attestation officielle confirmant son poste au sein du ministère entre 2013 et juin 2019, ainsi qu’une copie de la partie du rapport de l’IGF où son nom serait mentionné, si tant est qu’elle existe. Il prévoit également de joindre à sa requête les comptes rendus des réunions hebdomadaires qu’il rédigeait à l’époque. « Ces documents établissent sans équivoque qu’à cette période, je n’étais pas coordonnateur du Prodac, mais économiste au ministère des Finances », précise-t-il.
Dans sa conclusion, Pape Malick Ndour se veut serein et confiant. « Je n’ai rien à cacher, rien à craindre et rien à renier », martèle-t-il, affirmant que sa seule exigence reste celle de la vérité. Il dénonce les « tentatives grossières de manipulation et d’instrumentalisation politique » et appelle à « un retour à la rigueur républicaine ». Enfin, il rappelle que sa situation actuelle est strictement judiciaire et non politique. « Je fais pleinement confiance à la justice de mon pays, que j’ai défendue hier et que j’ai le devoir de respecter et d’honorer, quelles que soient les décisions qu’elle prendra me concernant », conclut-il.