Plus de 900 millions de la paix siphonnés pour Dakar : Ousmane Sonko, tu dois des comptes à la Casamance !

Par Kambatouko Mendy, ancien directeur de l’exploitation de Dakar Dem Dikk et responsable politique de KIIRAAY à Ziguinchor

Ce mardi 25 août 2026, le Conseil constitutionnel a déclaré irrecevable la proposition de loi portant sur l’encadrement des fonds spéciaux du chef de l’État. Ces crédits présidentiels, inscrits dans la loi de finances et votés par l’Assemblée nationale, relèvent des prérogatives régaliennes du président de la République. Leur éventuelle régulation relève donc d’une question de procédure et de répartition des compétences entre les pouvoirs publics.

Mais pendant que ce débat institutionnel occupe la scène politique, une autre question, que nous considérons comme autrement plus grave, mérite d’être posée : qu’est devenu l’argent destiné à la paix en Casamance et qui aurait été placé sous la responsabilité de l’ancien Premier ministre Ousmane Sonko ?

Deux fonds, deux traitements, une seule interrogation : l’argent destiné à la Casamance a-t-il réellement profité à la Casamance ?

D’un côté, il y a les fonds spéciaux du président de la République, des crédits inscrits dans la loi de finances et votés par le Parlement, dont l’utilisation relève du pouvoir exécutif dans le cadre des règles de gestion publique.

De l’autre, il y a les crédits dédiés à la paix en Casamance, ces fonds « Jàm » destinés à accompagner le processus de paix, à favoriser le retour des populations déplacées et à contribuer à la reconstruction des zones affectées par des décennies de conflit.

C’est précisément sur la gestion de ces ressources que des explications sont aujourd’hui nécessaires.

Selon les éléments que nous dénonçons, ces fonds auraient notamment servi à financer, à Dakar, la réfection d’un bâtiment administratif ainsi que l’acquisition de 27 véhicules, pour un montant dépassant 900 millions de francs CFA.

Si ces faits sont avérés, ils posent une question fondamentale : comment des ressources destinées à accompagner la paix et la reconstruction de la Casamance ont-elles pu être affectées à des dépenses administratives réalisées à Dakar ?

Le contraste est particulièrement saisissant. Alors que la Casamance continue de faire face à d’importants besoins en matière d’infrastructures, de routes, d’écoles, de structures sanitaires et d’accès à l’eau, des ressources présentées comme destinées à la paix auraient été mobilisées pour des dépenses qui ne bénéficient pas directement aux populations concernées.

Plus préoccupant encore, l’Agence nationale pour la relance des activités économiques et sociales en Casamance (ANRAC), qui constitue l’un des instruments institutionnels de la politique de reconstruction et de consolidation de la paix dans la région, continue de faire face à des contraintes matérielles et financières importantes.

La Casamance ne demande pourtant pas l’aumône. Elle réclame simplement que les ressources mobilisées en son nom soient effectivement utilisées au service de ses populations.

Il ne suffit donc pas d’invoquer le décret n° 2004-1186 pour justifier l’utilisation de ces crédits. Ce texte institue un programme de gestion de la paix en Casamance. Dès lors, la question de la conformité de chaque dépense avec la destination des crédits doit pouvoir être examinée de manière transparente.

Nous ne voulons pas de procès politique. Nous voulons des réponses.

Si plus de 900 millions de francs CFA provenant de crédits destinés à la paix ont effectivement été utilisés pour des dépenses réalisées à Dakar, les Sénégalais, et particulièrement les Casamançais, ont le droit de savoir qui a décidé de ces affectations, sur quelle base juridique, dans quel cadre budgétaire et au bénéfice de qui.

Il appartient aux organes compétents de l’État de faire toute la lumière sur cette affaire. Un audit de la Cour des comptes sur l’utilisation des crédits concernés permettrait notamment d’établir les montants engagés, les bénéficiaires des dépenses, les procédures suivies et leur conformité avec la destination initiale des fonds.

Nous demandons également que toute personne ayant eu la responsabilité de la gestion de ces ressources puisse fournir les explications nécessaires, pièces comptables à l’appui.

Si des irrégularités sont établies, les responsabilités devront naturellement être situées conformément à la loi. Si, au contraire, les dépenses étaient parfaitement régulières et conformes à la destination des crédits, les documents justificatifs devront permettre de lever les doutes.

La transparence que nous exigeons aujourd’hui doit être la même pour tous, quel que soit le camp politique.

Ousmane Sonko s’est longtemps présenté comme un défenseur de la bonne gouvernance, de la transparence et de la reddition des comptes. Il est donc légitime de lui demander de s’expliquer sur toute dépense publique qui aurait été effectuée sous sa responsabilité et qui soulèverait des interrogations.

La Casamance mérite mieux que des discours. Elle mérite la vérité, la justice et la transparence.

Nous réclamons donc un audit rigoureux de l’ensemble des crédits dédiés à la paix en Casamance, la publication des éléments permettant d’en retracer l’utilisation et, le cas échéant, la restitution des sommes qui auraient été irrégulièrement affectées.

L’argent destiné à la paix doit servir la paix. L’argent destiné à la reconstruction doit servir à reconstruire.

La Casamance ne se marchande pas. Elle ne se vole pas. Elle demande simplement des comptes.

Fait à Ziguinchor, le 25 août 2026

Kambatouko Mendy
Responsable politique, KIIRAAY
Ziguinchor


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