Le journaliste et chroniqueur Bachir Serigne Cheikh Sarr Fofana a comparu ce mardi devant le tribunal des flagrants délits de Dakar, poursuivi pour « diffusion de fausses nouvelles » dans l’affaire de l’attribution du marché d’achat de véhicules pour l’Assemblée nationale. Ce qui s’annonçait comme une audience classique a vite viré à la tension, provoquant une suspension et un renvoi de l’affaire au 16 juillet prochain, une décision vivement contestée par la défense.
L’audience avait pourtant démarré dans le calme. À la barre, le prévenu Bachir Fofana a assumé les propos tenus dans une vidéo projetée en salle. Il y affirmait : « Le nommé Cheikh Guèye, arrêté dans une affaire de corruption impliquant l’ancien ministre Ismaïla Dior Fall, est l’attributaire du marché des véhicules de l’Assemblée nationale. »
Face au juge, Fofana a maintenu qu’au moment de ces déclarations, il croyait à leur véracité : « Je me suis basé sur une source fiable et des vérifications auprès de concessionnaires. Par la suite, on m’a informé que d’autres personnes avaient remporté le marché. Si cela se confirme, je ferai un rectificatif. » À la question du juge de savoir s’il maintenait toujours ses propos, il a répondu clairement : « Non, car d’autres informations les contredisent aujourd’hui. »
Interrogé par son avocat Me El Hadji Diouf, le journaliste a expliqué l’origine de ses informations : « Je suis dans la chambre 48 de la prison de Rebeuss. C’est là que Cheikh Guèye a été de passage. Ses codétenus m’ont dit qu’il leur avait affirmé avoir gagné le marché en question. » Cette révélation a semblé raviver les tensions entre la défense et la présidence du tribunal.
Lorsque Me El Hadji Diouf a voulu poursuivre son interrogatoire, un échange houleux s’est engagé avec le président de séance. L’incident a forcé le juge à suspendre l’audience. Dans un premier temps, le procès a été renvoyé au 16 juillet 2025. Cependant, après concertation et apaisement des tensions, la séance a repris dans la même journée.
Les avocats de la défense, notamment Mes El Hadji Amadou Sall, Moustapha Dieng, Aboubacry Barro et Pape Sène, ont dénoncé ce renvoi comme une atteinte flagrante aux droits de la défense. Ils ont estimé que rien ne justifiait un tel report et ont exigé la poursuite immédiate du procès.
L’affaire Bachir Fofana intervient dans un contexte de forte crispation entre certains médias et les institutions. Journaliste connu pour ses prises de position tranchées, Fofana cristallise un débat national sur la liberté d’expression, la responsabilité des journalistes, et la transparence des marchés publics.