Dans la zone des Niayes, les petits producteurs peinent de plus en plus à écouler leurs récoltes d’oignons sur le marché. Une partie de leur production pourrit dans les champs, tandis qu’une autre est vendue à perte. En cause, selon les maraîchers, la concurrence des grandes entreprises de l’agrobusiness, qui contribueraient à saturer rapidement le marché. Face à cette situation, les producteurs lancent un appel urgent au président de la République.
Le cri de détresse des maraîchers
La situation est devenue préoccupante pour les maraîchers, les femmes et les jeunes de la zone des Niayes. Munis de brassards rouges et de pancartes, ils ont dénoncé les difficultés auxquelles ils sont confrontés. Selon eux, après avoir investi d’importantes sommes d’argent dans leurs exploitations, ils ne trouvent plus suffisamment d’acheteurs pour écouler leurs productions d’oignons.
Privés de revenus, de nombreux producteurs éprouvent également des difficultés à rembourser leurs crédits. Mbaye Ndoye, président du Collectif des producteurs de Ngomène et porte-parole du Cadre de concertation des maraîchers du Sénégal, alerte sur les conséquences sociales de cette crise.
« Cette crise pousse désormais de nombreux jeunes à vouloir quitter le pays par la mer, par le phénomène “Barça ou Barsakh” », dénonce-t-il.
La loi du plus fort sur le marché
Pour les producteurs, les grandes entreprises disposent d’avantages considérables par rapport aux exploitations familiales. Elles bénéficient de capitaux importants, de technologies modernes d’irrigation, de vastes superficies cultivables et de capacités de stockage beaucoup plus importantes.
Ces moyens leur permettraient de mettre leurs oignons sur le marché très tôt et en grandes quantités, avec pour conséquence, selon les maraîchers, une saturation rapide du marché intérieur.
« Disposant de capitaux massifs, de technologies d’irrigation industrielles et de grands espaces de stockage, ces multinationales, à la fois commerçants et producteurs, saturent le marché intérieur de manière précoce. Elles privent les exploitations familiales de leurs débouchés traditionnels », explique Mbaye Ndoye.
Selon les maraîchers des Niayes, la crise ne se limite toutefois pas à la question de la concurrence. Elle est également liée aux problèmes logistiques et aux capacités de conservation. Les mesures d’interdiction des importations d’oignons ne suffiraient pas, à leurs yeux, à résoudre les difficultés rencontrées par les petits producteurs.
La zone des Niayes souffre notamment d’un manque de chambres froides et d’infrastructures publiques de stockage. Les producteurs sont ainsi contraints de vendre rapidement leurs récoltes, souvent à des prix très faibles, afin d’éviter qu’elles ne pourrissent.
Quatre mesures réclamées à l’État
Pour préserver les emplois et les revenus des familles rurales, le collectif interpelle directement le chef de l’État et réclame la mise en œuvre de plusieurs mesures urgentes.
Les producteurs demandent notamment l’arrêt, pendant la période de récolte des petits producteurs, de la commercialisation des oignons issus des grandes exploitations. Ils proposent également la mise en place d’un calendrier de commercialisation permettant de réserver une période de vente aux petits producteurs.
Ils souhaitent, par ailleurs, l’ouverture d’un véritable dialogue entre l’État, les coopératives et les organisations de producteurs afin de dégager des solutions durables à la crise. Enfin, ils plaident pour la construction d’infrastructures modernes de stockage et de conservation afin de réduire les pertes post-récolte.
Les maraîchers des Niayes se disent prêts à moderniser leurs méthodes de production et à améliorer leur organisation. Mais face à l’urgence de la situation, ils attendent désormais une intervention rapide des pouvoirs publics pour préserver leurs activités, leurs revenus et, surtout, les emplois des milliers de familles qui dépendent de l’agriculture dans cette zone.
Mariama Kobar Saleh



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