Alors que le gouvernement sénégalais s’engage dans une phase déterminante de renégociation des contrats dans le secteur extractif, des voix s’élèvent pour appeler à une vigilance accrue sur la gestion des revenus tirés des ressources naturelles. C’est dans ce contexte que Babacar Ba, président du Forum du Justiciable, a exprimé ses préoccupations concernant la traçabilité des parts revenant à l’État du Sénégal.
Invité sur les ondes de la RFM, Babacar Ba a d’abord salué la volonté politique affichée par les autorités sénégalaises de revoir les conventions et contrats liant l’État aux compagnies opérant dans les secteurs stratégiques. Selon lui, cette dynamique constitue une étape importante dans la défense des intérêts nationaux et mérite d’être encouragée.
« Par rapport à la renégociation des conventions et des contrats signés par l’État du Sénégal dans le secteur stratégique, je pense que cette renégociation est une excellente chose et nous encourageons vivement le Premier ministre Ousmane Sonko et son gouvernement à continuer sur cette dynamique », a-t-il déclaré.
Cependant, au-delà de la renégociation des contrats, le président du Forum du Justiciable insiste sur la nécessité d’une gestion rigoureuse et transparente des revenus générés par l’exploitation des ressources naturelles. Il estime que les efforts engagés par l’État doivent impérativement s’accompagner d’un mécanisme clair de suivi et de traçabilité des recettes provenant notamment du pétrole, du gaz, des mines et du zircon.
Babacar Ba s’appuie notamment sur les dernières données publiées par l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives pour souligner des lacunes qu’il qualifie de préoccupantes dans la gestion des revenus de l’année écoulée. Selon lui, certaines informations essentielles relatives aux parts de l’État issues de l’exploitation pétrolière ne figurent pas dans les documents officiels de déclaration.
« Il faudrait que cet exercice de renégociation des contrats soit quand même suivi par une gestion transparente des produits issus, par exemple, de l’exploitation des hydrocarbures comme le pétrole, le gaz, les mines, le zircon. J’insiste sur la transparence parce que ce qui s’est passé en 2024 sur la gestion des parts revenant à l’État du Sénégal est catastrophique », a-t-il martelé.
D’après ses explications, le rapport de l’Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives indique que les parts revenant à l’État du Sénégal issues de l’exploitation pétrolière ne seraient pas clairement retracées dans les documents déclaratifs. Une situation qui soulève des interrogations sur la transparence des flux financiers dans ce secteur stratégique.
Babacar Ba affirme notamment que ces parts ne figurent ni dans les formulaires de déclaration de Woodside, ni dans ceux de Petrosen, et ne sont pas davantage visibles dans les rapports trimestriels d’exécution. Cette absence d’information, selon lui, constitue une faille importante dans le dispositif de suivi des revenus extractifs.
Un autre point d’inquiétude soulevé par le président du Forum du Justiciable concerne le mécanisme d’épargne destiné aux générations futures. Conformément aux dispositions prévues dans la gouvernance des revenus pétroliers, une part des recettes, estimée à 10 %, doit être versée dans un fonds intergénérationnel destiné à préserver les ressources financières pour les générations à venir.
Or, Babacar Ba déplore un manque de visibilité sur l’effectivité de ce mécanisme. Selon lui, aucune information claire ne permet actuellement de savoir si ces ressources ont effectivement été versées dans ce fonds ni comment elles sont gérées.
« Aujourd’hui, nous n’avons aucune visibilité également par rapport à ces 10 % qu’on doit verser au fonds intergénérationnel », a-t-il regretté.
Pour le Forum du Justiciable, la renégociation des contrats extractifs peut constituer un levier important pour renforcer les bénéfices économiques du pays. Toutefois, l’organisation estime que cette démarche doit impérativement s’accompagner d’une gouvernance exemplaire et d’une transparence totale dans la gestion des revenus.