Rupture au sommet de l’État : Ousmane Sonko révèle les dessous de son départ de la Primature

L’ancien Premier ministre et président du parti PASTEF-Les Patriotes, Ousmane Sonko, est sorti de son silence pour livrer sa version des faits sur les circonstances qui ont conduit à son départ de la Primature. Lors d’une déclaration publique très attendue, l’actuel président de l’Assemblée nationale est revenu en détail sur les derniers échanges qu’il a eus avec le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, avant son limogeage du gouvernement.

Selon Ousmane Sonko, la rupture entre les deux hommes s’est matérialisée le vendredi 25 mai 2026, quelques heures après son intervention à l’Assemblée nationale. Il explique avoir été contacté directement par le chef de l’État qui souhaitait le rencontrer pour un entretien. Une rencontre qu’il décrit comme cordiale dans sa forme, mais décisive dans son contenu.

D’après le leader de PASTEF, le président Bassirou Diomaye Faye lui aurait expliqué que la poursuite de leur collaboration à la tête de l’Exécutif devenait particulièrement difficile. Selon lui, le chef de l’État estimait que certaines de ses déclarations prononcées à l’Assemblée nationale avaient suscité de nombreuses complications politiques et institutionnelles.

« Le président de la République m’a appelé pour me dire qu’il avait besoin de me voir. Lorsque nous nous sommes rencontrés, nous avons discuté comme d’habitude. À la fin de l’entretien, il m’a expliqué qu’il serait très compliqué de poursuivre notre collaboration », a déclaré Ousmane Sonko devant ses partisans.

L’ancien chef du gouvernement affirme toutefois que la question de son maintien à la Primature n’était pas nouvelle. Selon son récit, il aurait lui-même évoqué à plusieurs reprises, après les élections législatives, la possibilité de quitter ses fonctions gouvernementales si sa présence venait à constituer un obstacle à l’action du président de la République.

Il soutient avoir rencontré Bassirou Diomaye Faye à trois reprises sur cette question, en présence de témoins, et lui avoir systématiquement proposé de retourner à l’Assemblée nationale afin de permettre une réorganisation de l’Exécutif tout en préservant la cohésion de la majorité. Une proposition qui, selon lui, aurait été rejetée à chaque fois par le chef de l’État.

Au fil de son intervention, Ousmane Sonko a également laissé entendre que les tensions au sommet de l’État ne datent pas de ces derniers jours. Il affirme avoir observé depuis plusieurs semaines des signes annonciateurs de divergences de plus en plus profondes entre les différentes composantes du pouvoir. Ces signaux l’auraient conduit à solliciter plusieurs discussions avec le président afin d’éviter une crise ouverte.

L’ancien Premier ministre a notamment insisté sur ce qu’il considère comme une situation particulière dans l’organisation du pouvoir exécutif. Selon ses propos, son action à la Primature était fortement encadrée par la présidence de la République, ce qui aurait progressivement alimenté certaines incompréhensions sur le fonctionnement des institutions.

Ousmane Sonko affirme également avoir refusé d’endosser politiquement la rupture. Il soutient que lors de leur dernier entretien, le président de la République souhaitait qu’il fasse une déclaration publique laissant entendre que leur séparation s’était déroulée dans un climat parfaitement apaisé. Une démarche qu’il dit avoir rejetée.

Face à l’impasse, le président de PASTEF affirme avoir soumis deux options au chef de l’État : soit son retour à l’Assemblée nationale afin que la majorité désigne un nouveau Premier ministre, soit la poursuite des discussions dans l’espoir de trouver un compromis. À défaut d’accord, il estimait que la responsabilité de mettre fin à ses fonctions revenait exclusivement au président de la République.

Selon son témoignage, Bassirou Diomaye Faye lui aurait indiqué qu’il poursuivrait la réflexion après une visite prévue auprès de l’archevêque de Dakar dans le cadre des célébrations de la Pentecôte. Ousmane Sonko raconte avoir attendu un nouvel échange qui n’a finalement jamais eu lieu.

La décision présidentielle lui aurait été communiquée de manière inattendue en début de soirée. « Il m’avait dit qu’il me recontacterait à son retour pour poursuivre nos échanges. Finalement, à 20h35, il m’a envoyé un message pour m’annoncer la mesure qui me concernait. J’en ai pris acte », a-t-il expliqué.

Quelques minutes plus tard, l’ancien Premier ministre affirme avoir découvert l’officialisation de son départ à travers la déclaration du Secrétaire général de la Présidence de la République. Une annonce qui mettait définitivement fin à son passage à la tête du gouvernement après plus de deux années passées à la Primature.

Dans une note plus personnelle, Ousmane Sonko a indiqué qu’il avait immédiatement commencé à préparer son départ de la résidence officielle du Premier ministre pour regagner son domicile de la Cité Keur Gorgui. « Quinze minutes après, j’ai vu la déclaration du Secrétaire général. J’ai alors commencé à faire mes bagages pour retourner à la Cité Keur Gorgui, qui m’avait tant manqué », a-t-il déclaré.

Ces révélations interviennent dans un contexte politique particulièrement sensible marqué par la formation d’un nouveau gouvernement dirigé par Ahmadou Alamine Mohamed Lo et par la décision du PASTEF de ne pas participer à cette nouvelle équipe gouvernementale. Elles confirment également l’existence de divergences profondes entre les deux principales figures de l’alternance de 2024, même si les deux responsables continuent d’affirmer leur attachement à la stabilité des institutions et à la poursuite du projet politique porté devant les Sénégalais.


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