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SCANDALE PRÉSUMÉ DE L’« ASER-GATE » : Un document à trois signatures refait surface

Signé à Dakar le 25 novembre 2023 par l’Agence Sénégalaise d’Électrification Rurale (ASER), la société espagnole AEE POWER EPC et l’entreprise sénégalaise AEE POWER SÉNÉGAL S.A., un document portant sur le remplacement de poteaux métalliques par des poteaux en béton armé fabriqués localement dans le cadre du projet d’électrification de 928 localités rurales soulève de sérieuses interrogations sur sa nature et sa valeur juridique.
Sur le fond, la décision semble s’aligner sur les exigences de la commande publique au Sénégal, qui imposent qu’au moins 50 % de la valeur des marchés soient réalisés par des entreprises locales. En favorisant la production de poteaux en béton sur place, les signataires paraissent promouvoir l’expertise nationale. Mais en l’absence de références à un contrat notifié, à un avenant validé, ou à une décision officielle de l’organe de régulation, ce document à trois voix semble évoluer dans une zone grise.
Les rôles respectifs des signataires alimentent le flou : ASER, autorité contractante ; AEE POWER EPC, bénéficiaire d’une offre spontanée et titulaire du marché ; AEE POWER SÉNÉGAL, désigné comme mandataire prestataire, sans que l’on sache s’il s’agit d’une délégation formelle ou d’un simple acte de coopération. L’absence d’un cadre juridique clair interroge : est-ce un avenant implicite au contrat principal ? Un protocole technique sans force obligatoire ? Ou un simple engagement d’intention, sans portée contraignante ?
Par ailleurs, cette situation se complexifie avec la mise à l’écart ultérieure de AEE POWER SÉNÉGAL, alors même que cette entreprise avait été mobilisée pour incarner la préférence locale à travers la fabrication des poteaux. Le paradoxe est d’autant plus saisissant que cette décision survient après le versement par l’ASER d’une avance de démarrage de 2,425 milliards de francs CFA à AEE POWER EPC, sans que les travaux aient démarré.
Depuis, la presse sénégalaise, notamment Le Quotidien, a révélé l’ouverture d’une enquête par la police espagnole sur des mouvements de fonds suspects. Des transferts financiers liés à cette avance auraient transité par plusieurs pays, dont Chypre, l’Égypte et le Sénégal. De quoi raviver les soupçons de malversations dans un projet censé améliorer l’accès à l’électricité de plus de 600 000 Sénégalais.
L’affaire avait déjà connu un premier coup de tonnerre en octobre 2024, lorsque l’Autorité de régulation des marchés publics (ARCOP) avait suspendu le contrat, pointant de graves manquements dans la transparence du processus d’attribution. Le financement global du projet, estimé à 37 milliards de francs CFA, reposait sur une offre spontanée, elle-même objet de critiques.
Les bailleurs de fonds n’ont pas tardé à réagir. La banque Santander, partenaire financier, et l’agence espagnole Cesce, chargée de la garantie du crédit à l’export, ont exprimé leurs inquiétudes. Cesce a suspendu son appui, invoquant un manque de traçabilité sur l’utilisation des fonds.
Les représentants de AEE POWER SÉNÉGAL ont, de leur côté, dénoncé des irrégularités dans la gestion de l’avance, évoquant des flux financiers non justifiés depuis un compte logé chez Santander.
En février 2025, la Cour suprême du Sénégal a surpris en annulant la décision de suspension de l’ARCOP, permettant ainsi la reprise du projet. Mais cette relance n’a pas dissipé les doutes. Où est passé l’argent ? Quelles sont les véritables relations contractuelles entre les différents acteurs ? Et surtout, quelle est la valeur réelle d’un document qui engage sans clarifier ?
Alors que l’enquête espagnole se poursuit, ce projet d’électrification, censé sortir des villages de l’obscurité, soulève désormais encore des interrogations sur la transparence des mécanismes publics et la réalité de la préférence locale dans les grands marchés d’infrastructure.


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