Le débat sur la dette publique dite « cachée » au Sénégal, estimée à près de 7 milliards de dollars et réévaluée à 118,8 % du PIB fin 2024, prend une tournure éminemment politique. La récente prise de parole de l’ancien président Macky Sall a déclenché une vague de réactions, notamment du côté du gouvernement actuel.
Dans une interview accordée à ACFrontPage, l’ancien chef de l’État a catégoriquement rejeté les accusations le désignant comme responsable de cette situation. Selon lui, « cela n’a pas de sens » de parler d’une dissimulation de dettes d’une telle ampleur, les mécanismes de contrôle budgétaire rendant une telle opération « impossible ». Macky Sall justifie l’alourdissement de la dette par ses choix d’investissements dans les infrastructures, qu’il estime nécessaires pour moderniser le pays, tout en minimisant l’impact de ces engagements sur les finances publiques.
Face à ces déclarations, le ministre de l’Économie, du Plan et de la Coopération, Abdourahmane Sarr, a apporté des précisions. Il reconnaît que certaines opérations financières effectuées sous l’ancien régime – notamment des paiements directs à l’étranger – n’ont pas été retracées à temps dans les comptes transmis par la BCEAO. Ces décalages expliqueraient les écarts apparus dans le cadrage macroéconomique.
« Ces opérations sont bel et bien enregistrées par le Trésor. La dette reste soutenable et le Sénégal conserve sa pleine capacité d’accès aux marchés financiers », a assuré le ministre, balayant les critiques d’opacité. M. Sarr a tenu à marquer la rupture avec la gestion passée, affirmant que « le FMI expliquera à son Conseil d’Administration comment les données restent cohérentes, avant et après la découverte de ces transactions », mettant en avant la transparence du gouvernement de Bassirou Diomaye Faye.
Ce bras de fer illustre les tensions persistantes autour de la gestion budgétaire de l’ancien régime. Alors que le Plan de redressement économique et social (PRES) vise à ramener le déficit public à 3 % du PIB d’ici 2027, la suspension des financements du FMI après ces révélations constitue un défi majeur pour l’exécutif actuel.
Macky Sall, qui avait quitté le pouvoir en 2024 avec une dette officiellement estimée à 74,4 % du PIB, continue de défendre son bilan. Mais les révisions opérées par la Cour des comptes et le cabinet Mazars ont relancé le débat sur la responsabilité de son administration dans l’aggravation de l’endettement.