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SETER : les employés sénégalais dénoncent une “colonisation managériale” et interpellent l’État

La Société d’exploitation du Train Express Régional (SETER) traverse une crise interne sans précédent. Depuis plusieurs mois, un climat de tension et de frustration s’installe au sein de l’entreprise, où de nombreux employés sénégalais dénoncent des pratiques managériales jugées humiliantes, discriminatoires et contraires aux principes de bonne gouvernance. Les griefs visent directement le directeur général Charles Civreis et le président du Conseil d’administration Pierre Boutier, que certains salariés accusent d’instaurer une forme de “colonisation managériale”.

Les témoignages recueillis par Les Échos décrivent un environnement professionnel marqué par la peur, la pression constante et des attitudes perçues comme condescendantes. Selon plusieurs sources internes, des cadres sénégalais sont soumis à un micro-management asphyxiant, à des remises en cause systématiques et à une minimisation de leurs compétences. Des employés affirment que même les décisions les plus simples sont contestées ou reconsidérées, créant une atmosphère de méfiance et d’infantilisation.

Plusieurs responsables nationaux auraient déjà quitté l’entreprise, incapables de supporter davantage les méthodes de gestion en place. Les démissions se multiplient depuis près d’un an, notamment parmi des cadres expérimentés qui dénoncent une stratégie visant à les pousser vers la sortie pour les remplacer par des expatriés mieux rémunérés. La Directrice administrative et financière, par exemple, aurait été remplacée par un expatrié, tandis que le Directeur du Contrat serait désormais issu d’un cabinet français, avec un package salarial nettement supérieur à celui pratiqué pour les compétences locales.

Cette politique de recrutement et de promotion des expatriés alimente un profond sentiment d’injustice. Plusieurs employés parlent d’un “système organisé” où les postes clés sont progressivement confiés à des ressortissants français, tandis que les nationaux se retrouvent relégués à des fonctions subalternes, malgré la présence de profils hautement qualifiés. Ils affirment que ces choix managériaux se font “sur le dos du contribuable sénégalais”, puisque la SETER bénéficie d’importantes ressources publiques dans le cadre du partenariat avec l’État.

Les accusations ne s’arrêtent pas au management quotidien. Certains affirment que le directeur général favoriserait, dans l’attribution des contrats, certaines entreprises françaises liées à l’exploitation et à la maintenance du TER. Des pressions internes, une gestion opaque de certaines données financières et la communication d’informations partielles lors des réunions de pilotage sont évoquées. Ces pratiques, si elles sont avérées, pourraient influencer la reconduction du contrat d’exploitation, au détriment de la transparence exigée par l’État actionnaire.

Face à cette situation jugée intenable, les travailleurs ont décidé d’alerter les plus hautes autorités. Ils interpellent directement le président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le Premier ministre, Ousmane Sonko, les appelant à intervenir pour mettre fin à ce qu’ils décrivent comme une atteinte à la dignité des travailleurs, au service public et à la souveraineté nationale. Ils réclament une réforme profonde de la gouvernance de la SETER, ainsi qu’un audit global des ressources humaines et des marchés en cours.

La question du contrat d’exploitation et de maintenance (CEM), signé en 2023 pour trois ans et arrivant à échéance en janvier 2026, apparaît désormais comme un enjeu central. Depuis l’entrée de l’État sénégalais au capital de la SETER, la perspective d’une renégociation du contrat se renforce, notamment dans un contexte où le TER doit monter en cadence et assurer un rôle stratégique lors des grands événements internationaux à venir. Plusieurs experts estiment que l’État pourrait saisir cette échéance pour reprendre davantage de contrôle sur l’exploitation ou, à tout le moins, imposer une gouvernance plus équilibrée et respectueuse des compétences nationales.

Dans l’attente d’une réaction officielle, la tension reste vive au sein de l’entreprise. Les employés espèrent que leur appel ne restera pas lettre morte et que des mesures seront prises rapidement pour restaurer un climat de confiance, protéger les travailleurs et garantir une gestion conforme aux ambitions d’un service public moderne et souverain.


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