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Sonko face aux enseignants : fermeté sur les salaires, ouverture sur la réforme

Le ton était grave, presque solennel, ce vendredi, lors de la cérémonie marquant le 9e anniversaire du Mouvement national des enseignants patriotes (MONEP). Dans une atmosphère visiblement tendue, le Premier ministre Ousmane Sonko a livré un discours direct, sans détour, traduisant la crispation persistante entre le gouvernement et une partie des syndicats d’enseignants. D’emblée, il a planté le décor avec une déclaration forte : « Moi, voilà ce que je veux : vous le ferez, ou j’arrête les enseignements », une phrase qui résume à elle seule la fermeté affichée par l’exécutif.

Sur le fond, le chef du gouvernement a tenu à défendre le bilan de son action dans le secteur éducatif. Il a affirmé que plus de la moitié des engagements pris ont été réalisés en seulement deux ans, sur un mandat de cinq ans. Face aux revendications pressantes des syndicats, il a rejeté toute idée de précipitation, estimant que les réformes ne peuvent être exigées dans l’immédiat. Selon lui, les efforts consentis par l’État méritent d’être reconnus, et le calendrier de mise en œuvre doit rester réaliste.

La question de la rémunération, au cœur des tensions, a occupé une place centrale dans son intervention. Ousmane Sonko a réaffirmé sa conviction ancienne sur les déséquilibres du système salarial dans la fonction publique. Il a reconnu l’existence d’injustices et d’inégalités entre les différents corps, appelant à un réajustement en profondeur. Un chantier est actuellement en cours au ministère des Finances, s’appuyant sur des travaux antérieurs remontant à 2013-2014. L’objectif affiché est de construire un système plus équitable, qui prenne en compte l’ensemble des fonctionnaires, qu’il s’agisse des enseignants, des personnels de santé ou d’autres secteurs. Toutefois, il a insisté sur la complexité de cette réforme, rappelant qu’elle concerne près de 200 000 agents et ne saurait être menée dans des délais courts.

C’est sur la question sensible des retenues sur salaires que le Premier ministre a adopté une ligne particulièrement ferme. Il a confirmé que l’État appliquera les ponctions pour les jours de grève, conformément aux textes en vigueur. Pour lui, il s’agit d’un principe de droit fondé sur la réciprocité : si le droit de grève est reconnu, le droit de l’État à ne pas rémunérer un service non rendu l’est tout autant. Il a rejeté toute interprétation punitive de cette mesure, la présentant comme une application normale des règles.

Dans le même temps, Ousmane Sonko a tenu à poser une limite claire. Il a donné des instructions strictes pour que les enseignants n’ayant pas participé aux mouvements de grève ne soient pas pénalisés. Des cas de ponctions injustifiées auraient été signalés, et il a demandé qu’ils soient vérifiés et corrigés sans délai. Cette précision vise à préserver un minimum d’équité dans un contexte déjà tendu.

Le Premier ministre n’a pas non plus manqué de pointer ce qu’il considère comme une contradiction dans la posture de certains syndicats. Selon lui, il est incohérent de mener des actions de grève tout en exigeant le maintien intégral des salaires. Il a même invoqué une dimension morale, estimant qu’un salaire perçu sans travail effectif ne saurait être justifié.

Revenant sur les discussions engagées avec les autorités financières et sectorielles, il a rappelé que des avancées ont été réalisées et que les syndicats en étaient sortis satisfaits. Il s’est toutefois étonné du maintien du plan d’action syndical malgré ces progrès. Pour illustrer la situation, il a recouru à une métaphore guerrière, comparant les négociations à un processus de paix où, tant que l’accord final n’est pas signé, les tensions persistent de part et d’autre. Il a conclu sur un avertissement clair, affirmant que le gouvernement ne se laissera pas user par un rapport de force prolongé.

Malgré la fermeté de ses propos, Ousmane Sonko a tenu à réaffirmer sa volonté de privilégier le dialogue. Il a assuré que des instructions ont été données pour maintenir une ouverture constante aux discussions, dans l’objectif d’éviter une escalade vers un conflit durable.


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