Création du CNRM : l’APPEL approuve le principe mais fustige une réforme menée « en circuit fermé »

L’Association des Éditeurs et Professionnels de la Presse en Ligne (APPEL) a réagi à l’adoption par le gouvernement du projet de loi portant création, organisation et fonctionnement du Conseil national de régulation des médias (CNRM), appelé à succéder au Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA). Dans un communiqué rendu public ce jeudi, l’organisation professionnelle a exprimé une position nuancée, mêlant satisfaction sur le fond et vives réserves sur la méthode ayant conduit à l’élaboration du texte.

Sur le principe, l’APPEL se félicite de ce qu’elle considère comme une avancée majeure pour le secteur des médias au Sénégal. L’association salue la mise en place annoncée d’une autorité de régulation à vocation transversale, mieux adaptée aux mutations profondes du paysage médiatique, marqué par l’essor des médias numériques, des plateformes en ligne et des réseaux sociaux. Pour les éditeurs de la presse en ligne, le cadre actuel incarné par le CNRA était devenu obsolète et insuffisant pour répondre aux défis technologiques, économiques et éthiques auxquels fait face la profession.

Cependant, cet accueil favorable est fortement tempéré par une critique sévère de la démarche adoptée par les autorités. L’APPEL dénonce une méthode d’élaboration qu’elle juge cavalière, clivante et non inclusive. L’association affirme n’avoir été associée ni aux séances de réflexion, ni aux travaux d’élaboration ou de relecture du projet de loi, après le lancement officiel du processus le 24 janvier 2025. Une mise à l’écart d’autant plus préoccupante que le texte est appelé à encadrer directement l’exercice du métier et les conditions de fonctionnement des médias.

Selon l’APPEL, le projet de loi aurait été conçu en circuit fermé par un cercle restreint de juristes, sans réelle implication des acteurs directement concernés. Une approche qui, aux yeux de l’association, rompt avec les principes de concertation et de participation pourtant indispensables à toute réforme structurante du secteur de la presse. Dans ces conditions, l’organisation estime ne pas être en mesure de se prononcer sur le fond du texte, faute d’en connaître précisément le contenu et les orientations retenues.

Malgré ces critiques, l’APPEL se veut ouverte au dialogue et réaffirme sa disponibilité à échanger avec les autorités publiques. Elle souligne toutefois que la refondation durable du paysage médiatique sénégalais ne saurait se faire sans une démarche véritablement inclusive, associant l’ensemble des professionnels, des éditeurs et des organisations représentatives de la presse.

À l’heure où le projet de loi sur le CNRM s’achemine vers l’Assemblée nationale pour examen, la sortie de l’APPEL met en lumière les tensions latentes autour de la gouvernance du secteur des médias. Elle pose surtout la question centrale de la place accordée aux acteurs de la presse dans les grandes réformes censées réguler leur activité et garantir, à terme, un environnement médiatique libre, responsable et adapté aux réalités contemporaines.

Création du CNRM : Ibrahima Lissa Faye dénonce un processus « extrêmement grave » et opaque

Le projet de loi portant création du Conseil national de régulation des médias (CNRM), destiné à remplacer le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA), continue de susciter de vives réactions au sein de la corporation médiatique. Adopté en Conseil des ministres, ce texte est vivement critiqué par le président de l’Association des éditeurs et professionnels de la presse en ligne (APPEL), Ibrahima Lissa Faye, qui dénonce la manière dont il a été élaboré, qualifiant le processus de « extrêmement grave ».

Selon le patron de PressAfrik, les professionnels des médias, pourtant directement concernés par cette réforme majeure, ont été largement tenus à l’écart des travaux de rédaction. Il affirme que l’élaboration du texte s’est faite dans un cadre restreint, confié à un cercle fermé de juristes, sans véritable concertation avec les acteurs du secteur. « Le travail pour l’élaboration de ce texte a été fait par un cercle fermé de juristes. Et nous n’avons pas du tout été impliqués, à part le lancement des travaux le 24 janvier 2025 », a-t-il déploré.

Pour Ibrahima Lissa Faye, cette mise à l’écart est d’autant plus préoccupante que le futur organe de régulation aura un impact direct sur l’organisation et l’exercice du métier de journaliste et d’éditeur de presse. « Ce texte va régir notre façon de travailler et d’organiser notre métier, et nous n’avons pas eu notre mot à dire. C’est extrêmement grave », a-t-il insisté, soulignant qu’il serait prématuré de se prononcer sur le fond du projet tant que son contenu exact n’a pas été rendu public. Il indique toutefois que les membres de l’APPEL sont en concertation afin de définir l’attitude à adopter face à cette situation.

Malgré ces critiques sévères sur la forme, le président de l’APPEL reconnaît néanmoins la pertinence de la démarche engagée par l’État. Il qualifie même l’initiative gouvernementale d’« excellente », estimant que l’actuel Conseil national de régulation de l’audiovisuel est devenu inadapté aux réalités du paysage médiatique sénégalais. Selon lui, le CNRA souffre de limites importantes, tant sur le plan juridique que sur celui des moyens humains et financiers, ce qui l’empêche de remplir efficacement sa mission de régulation.

Ibrahima Lissa Faye dit ainsi fonder l’espoir que le futur CNRM disposera de prérogatives élargies, lui permettant de réguler non seulement les médias traditionnels, mais aussi la presse en ligne et les plateformes numériques. Il considère que de nombreuses dérives observées dans le secteur sont directement liées à l’absence d’un organe de régulation moderne, doté de pouvoirs adaptés à l’évolution rapide des modes de production et de diffusion de l’information.

Le projet de loi portant création du CNRM devrait être soumis, dans les prochains jours, à l’examen de l’Assemblée nationale. Son adoption par la majorité présidentielle ouvrirait alors la voie à une profonde reconfiguration du cadre de régulation des médias au Sénégal, dans un contexte marqué par l’essor du numérique et les débats récurrents sur la liberté de la presse et la responsabilité des acteurs de l’information.

Quitter la version mobile