Le Conseil du Commandement Militaire pour le Salut de la République (CCMSR) dirigé par le président Mahamat Ali YOUSSOUF affirme vouloir mettre fin à ce qu’il considère comme un ordre politique antidémocratique au Tchad. Dans un document présentant sa « légitimité et sa justification », le mouvement expose ses critiques du régime actuel, sa conception de la transition et un vaste programme de réformes politiques, institutionnelles, sociales et économiques.
Un diagnostic sévère de la situation politique
Dans son document, le CCMSR dresse un constat particulièrement critique de la situation politique et socio-économique du Tchad. Le mouvement évoque notamment une histoire politique marquée par les coups d’État et cite la succession de Mahamat Idriss Déby à son père, Idriss Déby Itno, après la mort de ce dernier au combat en avril 2021.
Selon le CCMSR, le régime actuel serait caractérisé par une gouvernance qu’il qualifie d’autoritaire, ainsi que par une concentration du pouvoir entre les mains d’un cercle militaire et politique restreint. Le mouvement dénonce également ce qu’il présente comme des fraudes électorales, une absence d’alternance démocratique, le favoritisme clanique et une aggravation des tensions politiques et sociales.
Le CCMSR affirme par ailleurs que le processus démocratique serait « totalement bloqué », empêchant, selon lui, l’émergence de véritables contre-pouvoirs et d’une société civile suffisamment forte.
C’est dans ce contexte que le mouvement affirme vouloir agir pour « mettre fin à cet ordre antidémocratique » et instaurer, selon ses termes, un État fondé sur la justice, l’équité et la liberté.
Un mouvement qui revendique une large implantation
Le CCMSR se présente comme une organisation ayant connu une profonde réorganisation depuis 2021. Il affirme regrouper différentes catégories de personnalités issues de la société tchadienne, parmi lesquelles d’anciens ministres, des généraux, des administrateurs, des hauts cadres, des responsables politiques, des syndicalistes, des journalistes, des ingénieurs et des médecins.
Le mouvement revendique également plus de 670 450 adhérents civils et affirme disposer d’une force armée stationnée, qu’il présente comme destinée à protéger les populations en cas de violences ou de répression.
Ces chiffres et ces affirmations relèvent toutefois des déclarations du CCMSR et ne sont pas documentés indépendamment dans le texte présenté.
Vers un gouvernement d’union nationale
Sur le plan politique, le CCMSR dit vouloir instaurer un gouvernement d’union nationale représentant les différentes composantes de la société tchadienne. Cette future gouvernance serait placée sous le contrôle de comités populaires de vigilance.
Pour parvenir à cet objectif, le mouvement évoque trois étapes. La première consiste à obtenir un changement de régime, qu’il envisage notamment à travers une offensive militaire, un soulèvement populaire ou une révolution pacifique.
La deuxième priorité serait de sensibiliser les populations afin de favoriser, selon le mouvement, une résistance populaire organisée et concertée. La troisième porterait sur le renforcement des capacités des forces de la coalition afin de protéger les manifestants pacifiques.
Paix, démocratie et développement
Dans son programme, le CCMSR affirme vouloir répondre aux principales aspirations qu’il attribue au peuple tchadien. Trois priorités sont particulièrement mises en avant : la paix et la sécurité, la démocratie et le développement durable.
Le mouvement estime que la stabilité constitue une condition indispensable au développement du pays. Il promet également de défendre les libertés fondamentales et la justice sociale, tout en privilégiant un modèle de développement adapté aux réalités économiques et écologiques du Tchad.
Une profonde réforme de la justice
La justice figure parmi les secteurs prioritaires du programme présenté par le CCMSR. Le mouvement propose la création d’une commission vérité, justice et pardon, destinée à traiter les conséquences des violences et des abus commis au cours des différentes périodes de crise.
Il prévoit également une réforme de l’appareil judiciaire afin d’en garantir l’indépendance. Le programme prévoit, par ailleurs, l’indemnisation des victimes d’abus et la récupération des biens considérés comme mal acquis.
Restructurer et valoriser l’armée
L’armée constitue également un axe majeur du projet politique présenté par le mouvement. Le CCMSR promet une restructuration de l’armée nationale et une meilleure valorisation de ses personnels.
L’objectif affiché serait de transformer l’institution militaire en une force chargée d’assurer une protection impartiale de l’ensemble des citoyens, indépendamment de leur appartenance politique, communautaire ou régionale.
Éducation, infrastructures et électrification
Sur le terrain du développement, le CCMSR annonce la modernisation du système éducatif et l’amélioration des infrastructures scolaires.
Le mouvement entend également investir dans les infrastructures de transport. Son programme prévoit notamment la construction de routes, de chemins de fer et de connexions internationales permettant de relier le Tchad aux ports des pays voisins.
L’électrification du pays figure également parmi les priorités annoncées, avec la volonté d’améliorer l’accès à l’électricité et aux services numériques dans l’ensemble des régions.
Agriculture et règlement des conflits ruraux
Le développement rural occupe une place importante dans le projet. Le CCMSR propose notamment des politiques destinées à résoudre les conflits entre agriculteurs et éleveurs, régulièrement à l’origine de tensions et de violences dans plusieurs régions du pays.
Le mouvement entend également soutenir les activités agricoles afin de renforcer la sécurité alimentaire et réduire la dépendance du pays aux importations.
Lutte contre la corruption et amélioration du climat des affaires
Le CCMSR fait de la lutte contre la corruption l’un des piliers de sa politique économique. Il promet d’améliorer le climat des affaires et de créer des conditions plus favorables aux investissements.
Le mouvement entend ainsi promouvoir un environnement économique qu’il juge plus transparent, susceptible de favoriser l’activité privée, la création d’emplois et le développement des infrastructures.
Un débat sur la forme de l’État
Sur le plan institutionnel, le CCMSR propose l’organisation d’un référendum permettant aux Tchadiens de se prononcer sur la forme de l’État. Deux options seraient soumises au débat : un État unitaire décentralisé ou un État fédéral.
Le mouvement prévoit également la mise en place d’une assemblée constituante chargée de réviser la Constitution.
Il propose enfin l’instauration d’un régime parlementaire assorti d’une présidence tournante, dans l’objectif affiché de renforcer l’équilibre institutionnel et la représentation des différentes composantes du pays.
Bilinguisme, santé et accès au numérique
Le programme accorde également une place importante au renforcement du bilinguisme, avec la promotion de l’arabe et du français.
L’amélioration de la connectivité internet dans les différentes régions est également présentée comme une priorité, de même que le renforcement des infrastructures sanitaires et l’amélioration de l’accès aux soins.
Le CCMSR promet de disparaître après la transition
L’une des principales annonces du document concerne l’avenir du mouvement lui-même. Le CCMSR affirme qu’au cours de la période de transition, il serait dissous pour se transformer en parti politique classique.
Cette transition devrait, selon le programme présenté, déboucher sur l’organisation d’élections libres et transparentes ainsi que sur la mise en place d’un gouvernement de coalition inclusif.
Le mouvement prévoit également de reconduire le forum de réconciliation nationale afin de renforcer la cohésion sociale et de lancer des campagnes de sensibilisation sur les enjeux liés à la gouvernance et au développement.
Restaurer la « dignité nationale »
À travers ce programme, le CCMSR cherche ainsi à se présenter non seulement comme une force d’opposition au régime actuel, mais aussi comme un mouvement porteur d’un projet global de transformation de l’État tchadien.
Le mouvement affirme vouloir agir au nom des aspirations économiques, politiques et sociales des Tchadiens, avec pour objectifs affichés de restaurer la « dignité nationale », d’instaurer une paix durable et de favoriser un développement harmonieux dans un cadre démocratique et inclusif.
Reste désormais à savoir dans quelle mesure ces ambitions politiques, institutionnelles et économiques pourront se traduire dans les faits, dans un contexte tchadien marqué par de profondes tensions politiques, sécuritaires et sociales. Soda SALL
En savoir plus sur LE DAKAROIS
Subscribe to get the latest posts sent to your email.