Le climat se tend dans le secteur du transport routier au Sénégal. L’ultimatum lancé par l’Union des routiers du Sénégal fait planer la menace d’une paralysie du transport public si les autorités ne prennent pas rapidement des mesures pour répondre aux difficultés qui minent le secteur.
À l’issue d’une concertation tenue avec le ministère des Transports, le secrétaire général du syndicat, Gora Khouma, a averti que les transporteurs pourraient recourir à la grève en l’absence d’avancées concrètes. « Si rien n’est fait, nous serons dans l’obligation d’aller en grève », a-t-il déclaré, soulignant que les professionnels du secteur n’entendent plus tolérer les dysfonctionnements qui affectent leur activité depuis plusieurs années.
Parmi les principales préoccupations exprimées par les transporteurs figure la multiplication des postes de contrôle sur les axes routiers du pays. Selon les responsables syndicaux, ces contrôles sont devenus excessifs et pèsent lourdement sur le fonctionnement du transport public. Les conducteurs dénoncent notamment ce qu’ils qualifient de harcèlement administratif et financier, affirmant que les arrêts répétés ralentissent les trajets, augmentent les coûts d’exploitation et compliquent le travail des chauffeurs.
Pour Gora Khouma, la situation est d’autant plus préoccupante qu’elle révèle, selon lui, une incohérence dans l’application des textes réglementaires. Il rappelle qu’un décret présidentiel limite à trois le nombre de postes de contrôle sur certains corridors routiers, mais que cette disposition ne serait pas respectée dans la pratique. « On applique un arrêté, mais on bafoue un décret. Cela pose un véritable problème de cohérence de l’État », a-t-il dénoncé, appelant les autorités à clarifier les règles afin de garantir une meilleure fluidité du transport et un environnement de travail plus stable pour les professionnels du secteur.
Au-delà de la question des contrôles routiers, les transporteurs soulèvent également un problème économique majeur lié aux tarifs du transport public. Selon les syndicats, les prix appliqués dans les gares routières n’ont pas été révisés depuis près de deux décennies. Les responsables du secteur rappellent que les tarifs sont restés pratiquement inchangés depuis 2008, alors même que les coûts d’exploitation ont considérablement augmenté, notamment avec la hausse du carburant, des pièces détachées et des charges d’entretien des véhicules.
Cette situation crée, selon eux, un déséquilibre financier important pour les transporteurs et alimente régulièrement des tensions dans les gares routières. Les chauffeurs se retrouvent souvent confrontés à l’incompréhension des passagers lorsqu’ils tentent d’ajuster les prix de manière informelle pour faire face à l’augmentation des charges. Pour les syndicats, seule une révision officielle des tarifs permettra de restaurer un climat apaisé dans le secteur.
Face à ces revendications, les discussions avec les autorités ont débouché sur une proposition visant à instaurer un cadre de concertation permanent. Les parties ont ainsi évoqué la création d’un comité ad hoc chargé de suivre les engagements pris et de proposer des solutions concrètes aux difficultés soulevées. Ce comité devrait regrouper plusieurs départements ministériels, notamment ceux en charge des Transports, de l’Intérieur, des Forces armées et des Finances.
Selon les responsables syndicaux, ce dispositif pourrait servir de mécanisme de suivi et d’évaluation des mesures qui seront prises. Certaines pistes ont déjà été évoquées, parmi lesquelles une période d’évaluation de six mois pour certaines décisions et une éventuelle révision des restrictions horaires appliquées dans le secteur.
Même si les représentants des transporteurs reconnaissent avoir été écoutés par les autorités, ils restent prudents quant à la suite qui sera donnée à leurs revendications. « Nous avons été écoutés, maintenant l’État doit réfléchir et agir », a conclu Gora Khouma, laissant entendre que la menace d’une grève demeure bien réelle si les promesses ne se traduisent pas rapidement par des mesures concrètes.