Dans les villages du Saloum, le départ des jeunes est devenu un phénomène presque banal. Faute d’emplois locaux, nombreux sont ceux qui quittent leurs terroirs pour les centres urbains ou s’engagent sur les routes périlleuses de l’immigration clandestine. Face à cette réalité sociale préoccupante, la pisciculture s’impose progressivement comme une alternative crédible, capable de fixer les jeunes sur place tout en créant de la valeur économique.
Lors d’une rencontre avec la presse tenue ce mardi, Baye Omar Ndiaye, entrepreneur et responsable du groupe La Voix du Saloum, a défendu la pisciculture comme l’un des leviers concrets de la Vision Sénégal 2050. Selon lui, cette activité peut jouer un rôle stratégique dans la lutte contre le chômage des jeunes et la désertification des zones rurales, notamment dans les régions du centre du pays.
Un chômage rural à l’origine de l’exode
Dans le Saloum, comme dans plusieurs zones rurales du Sénégal, le manque d’opportunités économiques pousse les jeunes à l’exil. L’agriculture traditionnelle, fragilisée par les effets du changement climatique, ne parvient plus à absorber une main-d’œuvre de plus en plus nombreuse. Résultat : les campagnes se vident progressivement de leurs forces vives.
« Tant que les jeunes ne verront pas de perspectives économiques viables dans leurs localités, ils continueront à partir », estime Baye Omar Ndiaye. Pour lui, la Vision Sénégal 2050 représente une occasion historique d’inverser cette tendance, à condition d’investir dans des filières adaptées aux réalités locales.
La pisciculture, une activité accessible et ancrée dans les territoires
Contrairement à certains secteurs nécessitant des investissements lourds, la pisciculture présente l’avantage d’être relativement accessible. L’exploitation des bassins de rétention d’eau, déjà existants dans plusieurs localités du Saloum, permet de développer une activité génératrice de revenus sans bouleverser l’équilibre écologique.
Cette filière génère des emplois directs et indirects : construction et entretien des bassins, élevage des poissons, production d’aliments, transformation, transport et commercialisation. Autant de maillons susceptibles d’offrir des opportunités aux jeunes ruraux, y compris à ceux sans qualification formelle.
Une réponse locale à l’immigration clandestine
Pour les acteurs du développement local, la lutte contre l’immigration clandestine passe avant tout par la création d’emplois décents sur place. En permettant aux jeunes de gagner dignement leur vie au sein de leurs communautés, la pisciculture contribue à réduire l’attrait des routes migratoires dangereuses.
« Lorsqu’un jeune peut subvenir à ses besoins chez lui, il n’a plus besoin de risquer sa vie en mer », soutient Baye Omar Ndiaye. La pisciculture devient ainsi non seulement une activité économique, mais également un outil de stabilisation sociale.
Fixer les populations et renforcer la sécurité alimentaire
Au-delà de la question de l’emploi, la pisciculture participe au renforcement de la souveraineté alimentaire. Dans une région où le poisson constitue une source essentielle de protéines, produire localement permet de réduire la dépendance aux importations et de contribuer à la stabilisation des prix.
Les bassins de rétention d’eau offrent par ailleurs une approche intégrée, combinant gestion durable de l’eau, production alimentaire et création d’emplois. Une synergie particulièrement pertinente dans un contexte marqué par les changements climatiques et la pression croissante sur les ressources naturelles.
De la vision à l’action
Si le potentiel est réel, Baye Omar Ndiaye insiste sur la nécessité d’un accompagnement structuré : formation des jeunes, accès au financement, encadrement technique et organisation des marchés. Sans ces préalables, prévient-il, la pisciculture risque de rester une promesse non tenue.
Dans le Saloum, où le chômage et l’exode rural fragilisent le tissu social, la pisciculture apparaît néanmoins comme une option sérieuse pour inverser la tendance. À l’épreuve du terrain, elle pourrait devenir l’un des piliers de la Vision Sénégal 2050, en offrant aux jeunes une raison de rester, de travailler et de construire leur avenir chez eux.