Suivez-nous

Société

Piratage numérique, crypto et cocaïne : SUNU au cœur d’un scandale de cybercriminalité internationale

L’affaire fait l’effet d’une onde de choc dans le paysage bancaire sénégalais. À peine lancée, l’application « My Sunu Corporation », nouveau fleuron digital du groupe SUNU à travers la BICIS fraîchement acquise, est au cœur d’un scandale de piratage informatique d’ampleur inédite. Ce qui devait marquer une révolution technologique dans la gestion bancaire s’est transformé en cauchemar numérique : au moins 211 millions de FCFA ont été siphonnés des comptes de clients, parmi lesquels des pharmacies, des cabinets de notaires et d’autres structures privées respectées.

D’après les révélations du journal Libération, le point de départ de cette affaire est la phase de migration informatique entamée le 7 avril 2025, lors du basculement de l’ancien système Connexis vers la nouvelle interface digitale. C’est à ce moment critique qu’un groupe de cybercriminels a profité d’une faille de sécurité pour infiltrer le réseau de la BICIS et détourner les fonds de manière méthodique.

Les premiers éléments de l’enquête ont mis au jour une opération digne d’un thriller financier. À la tête du réseau, un Nigérian du nom de Sunday Akamibé, activement recherché, est identifié comme le cerveau de l’opération. Deux complices présumés ont d’ores et déjà été interpellés par la Section de recherches de Dakar : Khadim Khouma, gérant de la société Bamba Global Industrie Suarl, opérant dans la vente d’unités Wave et de monnaie électronique, et son agent de recouvrement, Modou Diom.

Le scénario était rodé : les fonds détournés étaient redirigés vers des comptes de prête-noms, puis rapidement convertis en cryptomonnaie USDT, plus difficile à tracer. Modou Diom a reconnu devant les enquêteurs avoir été chargé de fournir des numéros de comptes destinés à réceptionner les fonds frauduleux. Il a cité notamment celui de D. Gaye, venu spontanément coopérer avec les autorités, ainsi que deux comptes appartenant à son propre employeur, Khadim Khouma. À chaque transaction, Diom aurait perçu une commission de 300 000 FCFA, rémunération pour le service rendu et la conversion des fonds.

Interrogé à son tour, Khadim Khouma s’est défendu en expliquant qu’il croyait participer à une opération de change tout à fait classique. Il admet avoir reçu deux virements totalisant 35 millions de FCFA, convertis ensuite en cryptomonnaie, mais nie avoir connaissance du caractère frauduleux de ces opérations ou toute connexion avec Sunday Akamibé. Toutefois, un point trouble son témoignage : il ne dispose d’aucun agrément pour mener ce type d’activité, ce qui le place déjà en infraction sur le plan fiscal et réglementaire.

L’enquête a pris un tournant encore plus sombre lors de la perquisition d’un bureau identifié comme étant celui du Nigérian Sunday Akamibé. En plus d’importantes sommes en liquide, les enquêteurs ont découvert 36 boulettes de cocaïne, confirmant l’implication du réseau dans des activités de trafic de drogue. Le lien entre piratage informatique, blanchiment via cryptomonnaie et narcotrafic devient alors évident, inscrivant cette affaire dans une dimension transnationale particulièrement complexe.

Selon les autorités judiciaires, pas moins de 11 autres individus ayant bénéficié de virements frauduleux sont actuellement dans le viseur des enquêteurs. Certains sont présentés comme des commerçants, d’autres comme des gérants de points de transfert d’argent, des profils variés mais tous liés par la chaîne des flux financiers suspects.

Le parquet financier n’a pas tardé à réagir en instruisant une information judiciaire, désormais confiée au juge du troisième cabinet. Les charges sont lourdes : association de malfaiteurs, complicité de vol par introduction frauduleuse dans un système informatique, recel, blanchiment de capitaux, violation des règles de change et trafic de stupéfiants. Une tempête judiciaire est en préparation, et les protagonistes risquent de longues années de détention s’ils sont reconnus coupables.

Alors que l’étau se resserre sur les complices locaux et que les techniciens de la cybersécurité poursuivent leurs investigations sur la faille exploitée, la traque de Sunday Akamibé se poursuit. Le scandale SUNU/BICIS est désormais bien plus qu’un simple piratage : il met en lumière la porosité entre technologie financière, crime organisé et défaillances de contrôle dans le système bancaire ouest-africain.


En savoir plus sur LE DAKAROIS

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Cliquez pour commenter

Laisser une réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Publicité

Plus dans Société

En savoir plus sur LE DAKAROIS

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture