Le ministre de la Justice, Ousmane Diagne, a livré des chiffres préoccupants sur la situation carcérale au Sénégal. Devant les députés, ce mardi, lors de la plénière consacrée au projet de loi sur le statut et la protection des lanceurs d’alerte, le Garde des Sceaux a indiqué que le pays comptait 15 267 détenus au 18 août 2025.
Interpellé par le député Saliou Dione sur la question des longues détentions provisoires, le ministre a reconnu l’ampleur du problème. Selon les données communiquées, 547 détenus sont incarcérés depuis trois ans ou plus en attente de jugement. Cela représente 3,58 % de la population carcérale totale, un chiffre qui met en lumière la lenteur et les dysfonctionnements de la machine judiciaire. Ousmane Diagne a précisé que la durée moyenne de détention au Sénégal s’élève actuellement à une année, un délai qui dépasse largement les standards internationaux.
Face à cette situation, le ministre a souligné les efforts engagés pour inverser la tendance. Il a notamment évoqué l’introduction de la limite de six mois pour les détentions en matière correctionnelle, une réforme destinée à limiter l’accumulation des dossiers en suspens et à éviter des privations de liberté indûment prolongées. « On est en train de trouver les moyens d’y remédier », a-t-il insisté, tout en réaffirmant l’engagement de son département à poursuivre les réformes structurelles de la justice.
La problématique des longues détentions n’est pas nouvelle. Elle avait déjà été dénoncée lors des Assises de la Justice en mai 2024, où magistrats, avocats et organisations de défense des droits de l’homme avaient mis en garde contre l’engorgement des prisons et la lenteur des procédures judiciaires. Le phénomène contribue non seulement à une surpopulation carcérale chronique, mais aussi à des conditions de détention souvent jugées indignes.
Dans ce contexte, les chiffres rendus publics par Ousmane Diagne confirment l’urgence d’une réforme profonde. Si la limitation des délais de détention provisoire constitue une avancée, les observateurs estiment que des mesures complémentaires seront nécessaires : renforcement des effectifs judiciaires, amélioration de la gestion des dossiers, recours accru aux alternatives à l’incarcération. Autant de pistes sur lesquelles le gouvernement dit travailler, mais dont la mise en œuvre reste attendue avec impatience par les acteurs de la justice et les organisations de défense des droits humains.
La question des longues détentions continue ainsi d’incarner l’un des défis majeurs du système judiciaire sénégalais. Les prochains mois permettront de mesurer si les réformes annoncées par le ministre de la Justice parviennent à alléger durablement le poids de cette problématique sur les détenus et sur l’ensemble de la société.