Alors que la Présidence de l’Assemblée nationale boucle sa première année, un débat inattendu mais explosif s’invite au cœur même de la majorité parlementaire. Les critiques les plus virulentes ne viennent plus de l’opposition, mais de l’intérieur de Pastef. Le député Mouramani Kaba Diakité, numéro trois du parti, a provoqué une véritable onde de choc en accusant publiquement le président de l’Assemblée nationale, El Malick Ndiaye, de népotisme, de gabegie et de gestion clanique, selon des propos rapportés par L’AS.
La sortie, particulièrement musclée, a été faite lors d’échanges sur un panel WhatsApp avant d’être largement relayée sur les réseaux sociaux. Originaire de Tambacounda, le parlementaire n’a pas mâché ses mots, dressant un réquisitoire sans concession contre la gouvernance interne de l’institution parlementaire. Une démarche qui peut s’apparenter à un tir contre son propre camp, mais que Mouramani Kaba Diakité assume pleinement, invoquant la nécessité de cohérence et de bonne gouvernance.
Selon lui, El Malick Ndiaye aurait progressivement mis en place un système centré sur ses intérêts personnels et ceux d’un cercle restreint de proches. Il affirme que, à l’image du Président de la République ou du Premier ministre, le président de l’Assemblée nationale se serait doté d’un cabinet pléthorique, composé en grande partie de personnes issues de son fief et de relations personnelles. Une pratique qui, aux yeux du député, trahirait l’esprit de rupture prôné par le nouveau régime.
Allant plus loin, Mouramani Kaba Diakité prête à El Malick Ndiaye des ambitions politiques futures qu’il jugerait prématurées et déplacées dans le contexte actuel. « On dirait qu’il est en stage pour demain être à la place de Diomaye », aurait-il lancé, avant de l’exhorter à ne pas se comporter « en loup dans une peau de biche ». Des propos lourds de sous-entendus, qui témoignent d’un malaise profond au sein de la majorité.
Au-delà des attaques personnelles et politiques, le député appelle à des mesures concrètes. Il annonce son intention de proposer un audit de la gestion du président de l’Assemblée nationale, ainsi qu’une révision du règlement intérieur. L’une de ses principales propositions consiste à limiter le mandat du président de l’institution à une durée d’un an renouvelable, alignée sur celle du mandat parlementaire. Une réforme qui, si elle venait à être adoptée, pourrait profondément modifier l’équilibre des pouvoirs et le fonctionnement interne de l’hémicycle.
Mouramani Kaba Diakité dénonce également des recrutements qu’il qualifie de fictifs. Il évoque notamment des agents affectés à Linguère qui, selon lui, ne se présenteraient jamais à l’Assemblée nationale tout en continuant à percevoir leurs salaires. Pour le député, ces pratiques rappellent des dérives du passé que Pastef a toujours combattues. Il insiste sur le fait que le slogan « Jub, Jubal, Jubanti » ne doit pas rester un simple mot d’ordre, mais se traduire par des actes concrets et visibles.
La taille du cabinet du président de l’Assemblée figure aussi parmi les principaux griefs. Toujours selon L’AS, Mouramani Kaba Diakité affirme qu’El Malick Ndiaye disposerait de 67 agents, contre 47 pour son prédécesseur. À cela s’ajouterait une dotation mensuelle de 5 000 litres de carburant. Plus choquant encore, selon le député, l’Assemblée nationale prendrait en charge un cuisinier personnel du président, rémunéré à hauteur d’un million de francs CFA par mois. Un symbole, à ses yeux, de l’absence de rationalisation pourtant promise aux Sénégalais.
Enfin, le parlementaire soulève la question sensible de la gestion des dettes héritées de la 14e législature. Il affirme que les dettes contractées par les députés de Benno Bokk Yaakaar auraient été réglées, contrairement à celles des députés de Pastef. À cela s’ajoute, selon lui, une opacité persistante autour du marché d’acquisition de véhicules pour les députés. Il dénonce le fait que des retenues soient opérées depuis plusieurs mois sur leurs indemnités, sans que les véhicules promis ne soient livrés ni que des explications claires ne soient fournies. Plus grave encore, aucun député n’aurait voté ce marché, affirme-t-il.