Lors d’une conférence de presse tenue dimanche, le député Thierno Alassane Sall a révélé l’ouverture d’une procédure judiciaire à Madrid contre la société espagnole AEE Power EPC et contre X, dans le cadre du scandale présumé lié au contrat d’électrification rurale de l’ASER. Lors de son intervention, il a vivement critiqué l’inaction persistante du gouvernement sénégalais et dressé un réquisitoire sévère contre la gestion des affaires publiques et l’opacité entourant plusieurs dossiers stratégiques.
Le député a précisé que la plainte déposée en Espagne a conduit, le 24 février 2026, à l’ouverture d’une procédure intitulée « Diligencias Previas 140/2026 ». Les juridictions espagnoles ont déjà pris des mesures concrètes : un courrier officiel a été adressé à AEE Power EPC pour qu’elle justifie, dans un délai de dix jours, l’utilisation des fonds reçus dans le cadre du contrat, tandis qu’un second courrier a été envoyé à la Banco Santander S.A., banque ayant financé l’opération, afin de transmettre au tribunal les informations dont elle dispose sur la destination de ces fonds. Cette démarche internationale intervient après qu’une plainte ait été déposée dès le 16 octobre 2025 auprès du Pool judiciaire financier au Sénégal, dont les investigations avaient été confiées à la Section de recherches de la Gendarmerie. Six mois plus tard, aucune information officielle n’avait été communiquée aux plaignants sur l’état des diligences entreprises.
Le cœur de l’affaire concerne un contrat d’un montant de plus de 91 milliards de francs CFA, soit environ 140 millions d’euros, liant l’Agence sénégalaise d’électrification rurale à la société espagnole AEE Power EPC pour un vaste projet d’électrification rurale. Selon le député, près de 40 % du montant total ont déjà été décaissés et plus de la moitié du délai contractuel est écoulée, tandis que moins de 1,5 % des travaux ont été réalisés sur le terrain. Des ressources publiques considérables ont donc été engagées sans contrepartie visible. Thierno Alassane Sall a également souligné que la banque financeuse avait exprimé dès septembre 2024 ses inquiétudes, préoccupations rappelées dans une ordonnance de la Cour suprême, mais que malgré ces alertes répétées, aucune action concrète n’a été prise par le gouvernement pour sanctionner l’entreprise défaillante. Ni mise en demeure, ni poursuites, ni activation de la garantie de la SONAC n’ont été initiées.
Le député a dénoncé l’attitude du gouvernement qu’il qualifie de déni et de diversion. Selon lui, il a fallu attendre le communiqué du Conseil des ministres du 11 mars 2026 pour voir apparaître ce qu’il considère comme la première allusion officielle au dossier, formulée de manière imprécise. Le Premier ministre, lors d’une déclaration le 12 mars, a évoqué des « éventuels progrès » dans le dossier sans jamais préciser le sort des 37 milliards de francs CFA déjà décaissés ni établir clairement les responsabilités. Pour Thierno Alassane Sall, le gouvernement, qui se réclame de la rupture et de la transparence, a choisi de masquer l’absence de démarrage des travaux, cherchant plutôt à rejeter la responsabilité sur le ministère des Finances et l’administration des Douanes.