Le Sénégal poursuit sa montée en puissance dans la lutte contre le blanchiment de capitaux et le financement du terrorisme. Après son retrait officiel de la liste grise du Groupe d’action financière (GAFI) en octobre 2024, le pays affiche en 2025 des résultats jugés significatifs à travers les performances opérationnelles de la Cellule de Traitement de l’Information Financière (CENTIF).
Cette évolution traduit un renforcement du dispositif national de surveillance des flux financiers et une consolidation de la confiance des partenaires internationaux envers le système de régulation sénégalais. Les chiffres enregistrés cette année témoignent d’une intensification du contrôle et d’une meilleure implication des acteurs assujettis aux obligations de conformité.
Au cours de l’exercice 2025, la CENTIF a traité 866 déclarations d’opérations suspectes (DOS). Parmi celles-ci, 37 rapports ont été transmis au Pool judiciaire financier (PJF) pour exploitation judiciaire. Ces données illustrent l’accélération du travail d’analyse financière et la volonté des autorités de renforcer la traçabilité des opérations jugées sensibles.
Le secteur bancaire demeure l’acteur central du mécanisme de détection des opérations suspectes. Les banques ont transmis à elles seules 648 déclarations, soit près de 75 % du volume total enregistré par la Cellule. Cette forte contribution démontre une implication accrue des établissements financiers dans l’application des normes de conformité et des mécanismes de vigilance imposés par les standards internationaux.
Parallèlement aux déclarations d’opérations suspectes, la CENTIF a également traité un volume particulièrement important de déclarations de transactions en espèces (DTE). Au total, 28 225 541 déclarations ont été enregistrées durant l’année. Ce chiffre met en évidence l’ampleur du travail de surveillance effectué par les autorités financières ainsi que l’intégration progressive des exigences réglementaires par les différents acteurs économiques.
Sur le plan judiciaire et technique, les activités menées en 2025 révèlent également une montée en puissance du renseignement financier. La CENTIF a conduit 102 enquêtes financières parallèles destinées à appuyer les investigations des autorités compétentes. Dans le même temps, 17 renseignements financiers exploitables ont été diffusés à diverses administrations et institutions de contrôle afin de soutenir les actions de prévention et de répression.
La coopération internationale reste également un axe stratégique important pour le Sénégal. La Cellule maintient des échanges réguliers avec ses partenaires étrangers afin de garantir l’alignement du pays sur les standards internationaux de lutte contre les circuits financiers illicites. Cette dynamique s’inscrit dans un contexte mondial marqué par le durcissement des exigences de transparence financière.
L’Évaluation nationale des risques (ENR) réalisée en 2025 a permis d’établir une cartographie actualisée des menaces. Selon les conclusions de cette étude, le Sénégal présente un niveau de risque moyen en matière de blanchiment de capitaux et un niveau faible concernant le financement du terrorisme. Ces résultats confortent les avancées enregistrées ces dernières années tout en mettant en évidence la nécessité de maintenir les efforts de surveillance.
Pour répondre aux nouveaux défis, les autorités ont engagé la mise en œuvre du Plan stratégique 2025-2029 de la CENTIF. Cette feuille de route ambitionne de moderniser davantage l’institution, de renforcer son agilité opérationnelle et d’améliorer ses capacités techniques d’anticipation et d’analyse. L’objectif affiché est de disposer d’une Cellule plus performante, capable de faire face à l’évolution rapide des mécanismes de criminalité financière.
Le développement du capital humain constitue également un pilier essentiel de cette stratégie. En 2025, pas moins de 1 701 acteurs nationaux ont bénéficié de programmes de formation et de sensibilisation organisés par la CENTIF. Parmi eux, 120 participants ont suivi des formations interactives au sein du centre spécialisé de l’institution, tandis que 725 autres personnes ont pris part à des ateliers de sensibilisation.
Les profils concernés regroupent principalement des professionnels issus des banques, des compagnies d’assurances, des institutions de microfinance ainsi que des autorités chargées des poursuites pénales. Au total, 856 professionnels du secteur financier et judiciaire ont été directement ciblés par ces actions de renforcement des capacités.
Cette mobilisation vise notamment à préparer le Sénégal au troisième cycle d’évaluation mutuelle du Groupe intergouvernemental d’action contre le blanchiment d’argent en Afrique de l’Ouest (GIABA), prévu en 2026. Les autorités sénégalaises entendent ainsi consolider les acquis obtenus après la sortie de la liste grise du GAFI et préserver la crédibilité du pays sur la scène financière internationale.
Dans cette dynamique, le Sénégal continue également de renforcer son influence au sein des instances régionales spécialisées. À la suite d’un appel à candidature du GIABA, la co-présidence du groupe de travail « Risques, Tendances et Méthodes » a de nouveau été confiée au Sénégal jusqu’en 2028. Une reconnaissance qui confirme le positionnement du pays comme un acteur engagé dans la gouvernance régionale de la lutte contre les flux financiers illicites.