Une affaire présumée d’abus de confiance et d’escroquerie secoue actuellement le milieu du commerce de téléphones portables à Dakar. Un jeune commerçant de 26 ans, établi à Dieuppeul, fait l’objet de poursuites après la découverte d’un important déficit financier lié à la commercialisation d’iPhone importés de Dubaï. Le préjudice global est estimé à plus de 68,8 millions de FCFA.
Selon les informations rapportées par le quotidien Libération, le mis en cause a été arrêté par les éléments du commissariat de Grand-Yoff à la suite d’une plainte déposée par une commerçante dont la famille collaborait avec lui depuis plusieurs années dans le cadre d’activités de vente de téléphones haut de gamme.
D’après les éléments de l’enquête, la famille plaignante importait régulièrement des iPhone depuis les Émirats arabes unis et confiait leur écoulement sur le marché local au jeune commerçant. Ce dernier était chargé de vendre les appareils puis de reverser les recettes, après déduction de sa commission.
Toutefois, après la fête de la Tabaski 2026, un inventaire contradictoire réalisé entre les deux parties a révélé un important manque dans les comptes. Le montant non reversé a été évalué à 66 775 000 FCFA, suscitant de vives interrogations de la part des propriétaires du stock.
Face aux demandes d’explications, le commerçant aurait multiplié les justifications. Pendant près de trois mois, il aurait soutenu être dans l’incapacité d’ouvrir son coffre-fort en raison de la perte des clés. Une situation jugée d’autant plus surprenante qu’il continuait parallèlement à solliciter de nouveaux lots de téléphones auprès de ses partenaires.
L’affaire a pris une autre tournure lorsque le commerçant aurait obtenu des fonds destinés à financer l’intervention d’un technicien chargé d’ouvrir le coffre-fort. Après cette étape, ses explications auraient varié à plusieurs reprises. Il aurait d’abord évoqué des dommages affectant les appareils avant d’avancer la thèse d’un vol commis par des techniciens intervenus successivement à Mbour puis à Touba, lesquels auraient emporté l’intégralité du stock contenu dans le coffre.
Les investigations menées par les enquêteurs ont également permis d’identifier d’autres personnes se présentant comme victimes. L’une d’elles affirme avoir acheté plusieurs iPhone pour un montant total de 1 830 000 FCFA. Présentés comme des appareils neufs, les téléphones se seraient révélés être des produits reconditionnés ayant déjà servi. Selon ses déclarations, des photos, données personnelles et autres contenus appartenant à des tiers étaient encore stockés dans leur mémoire interne.
Au cours de son audition, le suspect a reconnu plusieurs éléments clés du dossier. Il a notamment admis l’existence de l’inventaire ainsi que le montant restant dû à la famille plaignante. Il maintient cependant sa version selon laquelle le contenu du coffre-fort aurait été dérobé par des techniciens dont il ne serait pas en mesure d’identifier l’identité.
Les enquêteurs ont relevé plusieurs incohérences dans son récit. Interrogé sur les démarches entreprises après ce supposé vol de plusieurs dizaines de millions de francs CFA, il a affirmé avoir saisi la Division des investigations criminelles. Toutefois, il n’a pu fournir aucun document, récépissé ou numéro de plainte susceptible de confirmer cette déclaration.
L’enquête a également mis en lumière des manœuvres destinées, selon les policiers, à gagner du temps auprès de la plaignante. Le commerçant a reconnu avoir simulé un virement bancaire de 7 millions de FCFA depuis son compte bancaire alors que les fonds nécessaires n’étaient pas disponibles. Il a aussi admis avoir inventé de prétendues menaces d’emprisonnement pour dettes afin de dissuader sa partenaire commerciale de porter l’affaire devant la justice. Selon ses propres explications, ces mensonges auraient été motivés par la peur et la honte de devoir reconnaître sa situation.
Concernant les téléphones contestés par un client, il a reconnu qu’ils provenaient effectivement du stock qui lui avait été confié. Il a toutefois tenté de minimiser les faits en attribuant les dysfonctionnements signalés à de simples problèmes liés aux mises à jour des appareils.
L’affaire pourrait encore connaître de nouveaux développements. L’exploitation du téléphone portable du suspect a permis aux enquêteurs de découvrir l’existence d’une autre cliente potentielle qui aurait versé 195 000 FCFA pour l’achat d’un iPhone jamais livré. Cette dernière a été invitée à se présenter au commissariat de Grand-Yoff afin d’être entendue dans le cadre de la procédure.