C’est dans la capitale sénégalaise que s’est tenue cette semaine la 14e session du Conseil des Ministres africains en charge de l’eau (AMCOW), un rendez-vous continental qui a abouti à l’adoption officielle de la Vision africaine de l’eau 2063. Qualifié d’« événement historique » par de nombreux observateurs et responsables politiques, ce moment marque un changement de cap stratégique dans la manière dont le continent entend gérer, valoriser et protéger sa ressource en eau.
L’adoption de cette nouvelle vision continentale est le fruit de plusieurs mois de concertation entre les États membres de l’Union africaine, les experts en hydrologie, les institutions régionales, et les représentants de la société civile. Les travaux préparatoires se sont intensifiés au cours des deux jours ayant précédé la réunion ministérielle, avec la participation d’une délégation technique élargie. Ces échanges ont permis de finaliser un document de référence, désormais présenté comme le socle des politiques africaines de l’eau pour les décennies à venir.
Cheikh Tidiane Dièye, ministre sénégalais de l’Hydraulique et de l’Assainissement, qui assure actuellement la présidence de l’AMCOW, a ouvert la session avec un discours empreint de fierté. Il a salué un « moment déterminant pour l’avenir du continent », rappelant que c’est à Dakar, et grâce au travail mené sous sa présidence, que ce document a pu voir le jour. Pour lui, cette Vision 2063 constitue bien plus qu’un simple cadre stratégique ; elle est l’expression d’une ambition collective de souveraineté et de justice hydrique.
L’Assemblée Générale de l’AMCOW, qui s’est déroulée en format hybride avec la participation de plusieurs délégations à distance, a rapidement validé l’ensemble des résolutions. Le texte adopté sera désormais transmis aux instances supérieures de l’Union africaine pour approbation finale par les Chefs d’État et de Gouvernement lors de leur prochain sommet. Il est appelé à devenir un référentiel unique pour les politiques nationales et régionales en matière de gestion de l’eau, de l’assainissement et de la coopération transfrontalière.
Ce nouveau cadre stratégique met particulièrement l’accent sur la nécessité d’une gestion intégrée et durable des ressources hydriques, en lien direct avec les objectifs de transformation économique, de résilience climatique et de stabilité sociale. La Vision encourage une approche qui considère l’eau non seulement comme une ressource naturelle, mais comme un véritable levier de développement. Elle appelle à une mobilisation renforcée des financements, en priorisant les ressources internes des États africains avant de faire appel aux financements extérieurs. Une orientation qui témoigne d’une volonté d’autonomisation croissante du continent en matière de gouvernance hydrique.
La Vision africaine de l’eau 2063 repose aussi sur l’expérience déjà acquise à travers les mécanismes de coopération sous-régionale, tels que l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Sénégal (OMVS) et l’Organisation pour la Mise en Valeur du fleuve Gambie (OMVG). Ces exemples sont cités comme des modèles de gestion partagée de ressources transfrontalières, basés sur la solidarité, le partage équitable et la prévention des conflits. Le ministre Dièye a insisté sur cette dimension, affirmant que « c’est avec l’eau qu’on peut construire la paix, garantir la sécurité alimentaire, et faire reculer les inégalités entre les territoires. »
Au-delà de cette avancée politique, l’adoption de la Vision 2063 renforce également la place du Sénégal comme acteur central dans la diplomatie de l’eau. Le pays multiplie les initiatives sur la scène internationale et se positionne déjà comme un leader africain sur les enjeux liés à l’eau et à l’assainissement. Cette position sera renforcée par la co-organisation, en 2026, de la Conférence des Nations Unies sur l’eau, aux côtés des Émirats arabes unis. En prélude à cet événement, une réunion préparatoire de haut niveau se tiendra à Dakar dès le mois de janvier, avec la participation attendue de plusieurs chefs d’agences internationales et ministres du continent.
En parallèle, les ministres présents à Dakar ont également entériné une série de mesures visant à renforcer l’AMCOW en tant qu’institution continentale. Le Secrétariat de l’organisation, basé au Nigeria, fera l’objet d’un appui renforcé, tant sur le plan institutionnel que financier. Une meilleure régularisation des contributions des États membres est prévue, de même qu’une augmentation progressive de ces contributions, afin d’assurer l’autonomie et la pérennité de l’organe décisionnel.
En clôturant les travaux, le ministre Cheikh Tidiane Dièye s’est réjoui du consensus fort qui a émergé de cette session. Il a rappelé que sous la présidence sénégalaise, l’AMCOW avait su reprendre de la vigueur et poser des actes concrets pour relever les défis de l’eau en Afrique. La Vision 2063 n’est pas seulement un document, a-t-il conclu, mais « une boussole commune pour une Afrique plus résiliente, plus unie et plus souveraine dans sa gestion de l’eau. »
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