L’affaire Arcelor Mittal refait surface et connaît une tournure décisive. Selon des informations révélées par Libération, le doyen des juges du premier cabinet d’instruction du tribunal hors classe de Dakar a lancé trois convocations visant des dignitaires de l’ancien régime. Ceux-ci devront être entendus prochainement, à ce stade, en qualité de témoins.
Pour rappel, une information judiciaire avait été ouverte par le parquet de Dakar sur la base d’une plainte avec constitution de partie civile déposée par l’État du Sénégal. Le dossier visait Arcelor Mittal Holdings AG (anciennement Mittal Steel Holdings AG) ainsi que cinq de ses filiales : Arcelor Mittal, Arcelor Mittal Limited, Arcelor Mittal Holland II BV, Arcelor Mittal Mining Sénégal SA et Arcelor Mittal Infrastructures Sénégal SA.
Les chefs d’accusation étaient lourds : association de malfaiteurs, corruption, recel, blanchiment de capitaux, escroquerie et complicité. La Direction des investigations criminelles (DIC) avait même été mobilisée pour notifier des convocations aux représentants du groupe, mais ceux-ci étaient restés introuvables à l’époque.
Au cœur du contentieux se trouve l’accord transactionnel signé le 30 mai 2014 entre l’État du Sénégal et Arcelor Mittal. L’affaire avait fait grand bruit car l’État, initialement, réclamait entre 1 600 et 3 300 milliards de francs CFA devant la Chambre de commerce internationale (CCI). Contre toute attente, le litige avait finalement été soldé pour 150 millions de dollars, soit environ 90 milliards de francs CFA.
Cette différence abyssale entre les montants réclamés et la transaction conclue avait alimenté de nombreuses interrogations sur les conditions de l’arrangement, ainsi que sur les éventuelles responsabilités politiques et administratives impliquées.
Dix ans après, la relance des auditions par le doyen des juges marque un tournant. Ces nouvelles convocations pourraient contribuer à éclairer les zones d’ombre entourant cette affaire complexe, qui mêle enjeux financiers colossaux et soupçons de corruption au sommet de l’État.