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AFFAIRE DE LA RÉQUISITION DES MOISSONNEUSES-BATTEUSES D’INTERMAQ : Mabouba Diagne « vend la guerre » au ministère de la Communication

Ce qui devait être un simple exercice de transparence semble se transformer en refus de communication et interférence administrative. Dans le sillage de laffaire des moissonneuses-batteuses dIntermaq, Le Dakarois Quotidien na pas seulement fait face au silence du ministère de lAgriculture, mais il a également vu surgir de nulle part le ministère de la Communication, invoquant des arguments de non-conformité pour éluder des questions légitimes sur la gestion des deniers publics.

Dans sa parution du 29 juillet 2025, Le Dakarois Quotidien avait annoncé son intention de revenir sur l’affaire des vingt (20) moissonneuses-batteuses réquisitionnées auprès de l’entreprise sénégalaise Intermaq 2012 SA, en l’absence d’avenant contractuel au moment de l’opération malgré la multitude de correspondances adressées au Dr Mabouba Diagne, ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté Alimentaire et de l’Elevage.

Tout est parti d’une série de démarches entreprises par la rédaction pour recueillir la version officielle du ministère de l’Agriculture (MAERSA). Le dimanche 27 juillet 2025, à une heure avancée de la soirée, la direction du journal a adressé un message WhatsApp au Dr Mabouba Diagne, sans obtenir de réponse. Le lendemain, un appel téléphonique direct est resté sans suite. Le lundi 28 juillet, Le Dakarois Quotidien a pris attache avec M. Dièye, directeur de la Direction de la Modernisation de l’Équipement Rural (DMER), afin d’obtenir la position du ministère. Dès l’entame de l’échange, ce dernier a exigé de connaître l’origine de nos informations. La rédaction a alors rappelé qu’en vertu de l’éthique journalistique, la protection des sources constitue un principe intangible.

Le directeur a, par la suite, invité notre rédaction à transmettre un courrier physique au ministère de l’Agriculture à Diamniadio, condition préalable à toute prise de parole officielle. Le courrier, accompagné d’une série de questions visant à éclairer l’opinion publique, a été effectivement déposé et déchargé par les services du ministère le 30 juillet 2025. Le 8 août 2025, une réponse signée par Ousmane Mbaye, secrétaire général du ministère de l’Agriculture, nous est parvenue par courrier électronique. Dans sa correspondance, M. Mbaye indiquait « [regretter] de ne pouvoir donner une suite favorable à [notre] requête à ce stade », invoquant « la sensibilité des informations sollicitées et la nécessité de respecter certaines obligations de confidentialité ».

Le journal a accusé réception de cette réponse et, à la demande du ministère, a transmis une décharge le 21 août 2025.

Mais, contre toute attente, le 10 septembre 2025, Le Dakarois Quotidien a reçu une lettre émanant cette fois-là du ministère de la Communication, relevant que notre organe de presse « n’est pas, à ce jour, en conformité avec les dispositions du Code de la Presse » et qu’à ce titre, « il n’existe aucune obligation légale de [lui] fournir les informations sollicitées ».

Cet argument soulève plusieurs contradictions. En effet, le 6 février 2025, le Groupe Le Dakarois, dont toutes les plateformes sont numériques, figurait bel et bien sur la liste officielle des médias « reconnus » par le ministère de la Communication. De plus, le 12 juin 2025, la Cour suprême du Sénégal a ordonné la suspension de la notification de cessation de parution du média Public SN, propriété de la journaliste Aïssatou Diop Fall, estimant que l’arrêté ministériel contesté portait atteinte au droit. En conséquence, les actes pris par le ministère dans ce dossier, y compris les listes dites « officielles » des médias reconnus par l’État, ne sauraient produire d’effets tant que le dossier n’est pas définitivement vidée.

Le paradoxe est d’autant plus flagrant que, le 22 septembre 2025, le même ministère de la Communication a convié la direction du Dakarois Quotidien à un atelier de partage et de sensibilisation consacré à la Plateforme DMS et au nouveau formulaire de soumission au Fonds d’Appui et de Développement de la Presse (FADP). Cette rencontre s’est effectivement tenue le 26 septembre 2025 à Dakar. Dans sa note de cadrage, le ministère précisait que cette initiative s’inscrivait dans « la volonté inclusive de travailler, en étroite collaboration avec toutes les parties prenantes, à la réforme et à la redynamisation du secteur des médias dans toutes ses dimensions ».

Par conséquent, une contradiction manifeste demeure : comment un média prétendument « non reconnu » peut-il être invité à une rencontre officielle organisée par le ministère de tutelle ?

Par ailleurs, s’il n’y a pas de rectification de dernière minute, le Groupe Le Dakarois est reconnu dans la catégorie « presse en ligne » sur la plateforme du ministère (nous avons une capture d’écran à notre disposition).

Au-delà de ce paradoxe administratif, des questions de fond méritent d’être posées. Pourquoi le ministère de la Communication intervient-il dans une affaire relevant du ministère de l’Agriculture ? Pourquoi se substituer à la cellule de communication de ce dernier, comme pour « plaider » sa cause ou verrouiller la diffusion d’informations ? Qu’est-ce qui, dans ce dossier des 20 moissonneuses-batteuses réquisitionnées auprès d’Intermaq, dérange à ce point le gouvernement pour susciter une telle opacité ?

Cette attitude contraste avec les principes de transparence et de reddition des comptes que le régime actuel ne cesse de proclamer, notamment à travers le slogan « jub, jubbal, jubbanti ». D’autant plus que la loi sur l’accès à l’information consacre désormais le droit de tout citoyen – journaliste ou non – d’obtenir communication des informations relatives à la gestion des affaires publiques.

En cherchant à comprendre les conditions de la réquisition des moissonneuses-batteuses, Le Dakarois Quotidien s’est heurté à une muraille de silence. Ce dossier paraît, en définitive, représenter un malaise profond pour les services du ministre Mabouba Diagne.

Penda THIAM


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