Ce qui devait être une soirée festive marquant le passage à la nouvelle année s’est mué en une affaire judiciaire retentissante, révélant une succession de dérives, de violences et de soupçons de débauche organisée. L’affaire dite de « l’appartement meublé de Keur Massar », largement relayée par L’Observateur, a conduit devant le Tribunal des flagrants délits de Pikine-Guédiawaye Bineta Sarr, plus connue sous le sobriquet de « Bineta mécanicienne », ainsi que douze autres prévenus, tous confrontés à des réquisitions particulièrement sévères du parquet.
Dès l’ouverture de l’audience, la tension était palpable. Face au tribunal, treize prévenus aux profils variés : des étudiants, des élèves, un homme se présentant comme pharmacien sans en avoir le titre officiel, et surtout Bineta Sarr, figure médiatique devenue emblématique de la réussite féminine dans un univers professionnel dominé par les hommes. À la barre, le contraste est frappant. Loin de l’image assurée véhiculée sur les réseaux sociaux, elle apparaît le crâne rasé, dissimulé sous un bonnet, le regard fuyant et la voix altérée. Elle décrit une détention pénible, marquée par l’isolement et la rupture brutale avec la notoriété qui faisait sa force.
Les faits trouvent leur origine dans une transaction financière de 70 000 FCFA effectuée via Wave, correspondant à la location de deux nuitées dans un appartement meublé situé à Keur Massar. Le gérant des lieux, Amadou Woury Diallo, affirme avoir simplement voulu rendre service à son neveu, Oumar Diallo, élève. Il se présente comme pharmacien formé en Guinée. Une version que le ministère public, cité par L’Observateur, balaie d’un revers de main, soulignant l’encaissement d’un tarif commercial, l’absence d’autorisation légale et la violation manifeste de la réglementation encadrant les établissements d’hébergement.
La nuit du réveillon bascule rapidement. La musique est poussée à plein volume, l’atmosphère se charge, et des tentatives de consommation de substances illicites sont évoquées. Aïda Souaré verse 10 000 FCFA pour se procurer de la « NB », une drogue de synthèse. Le livreur, Olivier Bampoky, étudiant en Douane, lui remet finalement du bicarbonate. Lorsque la tromperie est découverte, la situation dégénère. Menacé, le livreur quitte précipitamment les lieux avant de revenir armé d’un couteau, faisant basculer la soirée dans un climat de peur et de désordre généralisé.
Alertés par le vacarme, les voisins sollicitent l’intervention de la gendarmerie. Les éléments de Keur Massar découvrent une scène jugée accablante : présence de mineures et téléphones contenant des images considérées comme attentatoires aux bonnes mœurs, selon les éléments rapportés par L’Observateur. Pour le parquet, il ne s’agit plus d’un simple excès festif lié au réveillon, mais bien d’un rassemblement structuré poursuivant des objectifs de débauche.
Dans un réquisitoire sans concession, le Procureur tranche : « Ce n’est pas une fête qui a dérapé, mais un rassemblement structuré à des fins de débauche. » Écartant toute thèse de l’erreur de jeunesse, il requiert deux ans de prison ferme contre les principaux mis en cause, dont Bineta Sarr, Amadou Woury Diallo, Fallou Mbow et Aïda Souaré. Pour les autres prévenus, le parquet sollicite deux ans d’emprisonnement dont six mois ferme, assortis d’une amende de 200 000 FCFA chacun.
Face à ces réquisitions jugées excessives, la défense monte au créneau. Les avocats dénoncent un « procès de la morale » nourri, selon eux, par la notoriété de Bineta Sarr. Ils contestent l’existence d’une association de malfaiteurs, qualifiant cette qualification pénale de construction intellectuelle déconnectée des faits. « On ne peut parler d’escroquerie lorsqu’il s’agit d’une transaction portant sur de la drogue », plaident-ils, évoquant des jeunes emportés par l’effet de groupe, le contexte festif et la recherche du buzz.