Justice
Affaire Keur Yeurmandé : Ndella Madior Diouf devant la chambre criminelle, le parquet requiert des peines sévères
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par
Diack
Après plusieurs renvois successifs, l’affaire impliquant Ndella Madior Diouf a finalement été jugée ce mardi devant la chambre criminelle de Dakar. La fondatrice de la pouponnière Keur Yeurmandé a comparu aux côtés de son assistant Cheikh Tidiane Ndiaye et de l’animateur El Hadji Séne. Plusieurs autres prévenues, notamment des nounous placées sous contrôle judiciaire, n’étaient pas présentes à l’audience.
Ndella Madior Diouf fait face à une série d’accusations particulièrement graves, allant de la traite de personnes à l’exercice illégal de la médecine, en passant par la privation d’aliments ou de soins ayant entraîné la mort sans intention de la donner, la mise en danger de la vie d’autrui, la non-assistance à personne en danger, l’obtention indue de certificat aux fins d’inhumation, les infractions aux lois sur les inhumations, l’homicide involontaire ainsi que la non-déclaration de naissance. Ses coaccusés sont poursuivis pour complicité dans certains de ces faits.
À la barre, la prévenue, vêtue d’un grand boubou vert et d’un bonnet noir, a adopté une attitude décrite comme sereine, allant jusqu’à afficher des sourires par moments. Elle a fermement contesté l’ensemble des charges retenues contre elle. Revenant sur la création de sa structure, elle a expliqué avoir fondé la pouponnière SOS Keur Yeurmandé après une expérience personnelle difficile liée à une grossesse vécue durant ses études en médecine, marquée selon elle par un manque de soutien du père de l’enfant, malgré l’appui de sa famille.
Elle a également évoqué plusieurs situations de détresse rencontrées, affirmant avoir été sollicitée par des femmes victimes de viol ou abandonnées durant leur grossesse. Selon ses déclarations, certaines d’entre elles lui auraient confié leurs enfants, parfois en demandant que leur identité reste confidentielle. Elle a soutenu avoir été rapidement débordée par les sollicitations après une médiatisation de son projet et affirme s’être retrouvée à gérer une soixantaine d’enfants. Elle a aussi expliqué avoir demandé une contribution financière quotidienne pour la prise en charge ou, dans certains cas, un abandon total de l’enfant.
Concernant un cas d’adoption, elle a indiqué qu’un enfant avait été confié à un couple composé de Sémou Diop et Mariama Diallo.
Devant le tribunal, Ndella Madior Diouf a vigoureusement contesté les accusations de négligence ou de mauvaise prise en charge. Elle a mis en cause certaines institutions, notamment l’Ordre des médecins, qu’elle accuse de l’avoir ciblée, évoquant également ce qu’elle considère comme une opération coordonnée contre sa structure. Elle a affirmé avoir été victime d’une infiltration et a cité des visites de représentants administratifs et politiques dans sa pouponnière avant son arrestation.
Interpellée sur des rapports médicaux faisant état de diarrhées et de vomissements chez plusieurs enfants en octobre 2023, elle a rejeté leur objectivité, estimant qu’ils avaient été rédigés pour influencer la procédure judiciaire. Concernant le décès d’un enfant, elle a reconnu un retard de prise en charge mais a nié toute responsabilité pénale directe.
Sur le plan de l’exercice de la médecine, elle a soutenu être étudiante en fin de cycle, estimant que ce statut lui permettait de prescrire des soins et de disposer d’un cachet médical, ce que le parquet conteste fermement.
Les deux coaccusés entendus ont, de leur côté, nié toute implication, affirmant exercer uniquement dans le domaine médiatique et n’avoir joué aucun rôle dans la gestion de la pouponnière.
Dans ses réquisitions, le procureur de la République a écarté plusieurs charges, notamment la traite de personnes et certaines infractions liées aux inhumations, estimant que les éléments constitutifs n’étaient pas réunis. En revanche, il a retenu plusieurs chefs d’accusation graves et requis cinq ans d’emprisonnement ferme ainsi qu’une amende d’un million de francs CFA contre Ndella Madior Diouf, pour exercice illégal de la médecine, homicide involontaire, non-assistance à personne en danger et mise en danger de la vie d’autrui.
À l’égard des autres prévenus, le parquet a demandé une peine de trois mois ferme pour non-assistance à personne en danger.
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