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Agropole de l’Ouest et station SAPCO à Mbodiène : comment concilier développement territorial et agriculture familiale ?

Le département de Mbour connaît une transformation territoriale sans précédent. Après l’Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) et l’autoroute à péage, d’autres projets structurants viennent accélérer cette dynamique : le port de Ndayane, le pôle urbain de Dagga Kholpa, l’Agropole de l’Ouest, ainsi que la nouvelle station touristique intégrée de la SAPCO à Mbodiène.

L’Agropole de l’Ouest, inscrit dans une logique d’intercommunalité, concerne directement les communes de Malicounda, Nguéniène et Sandiara. À cela s’ajoutent de vastes exploitations d’agrobusiness aménagées dans ces trois collectivités territoriales. Ces infrastructures redessinent les équilibres locaux et ouvrent de nouvelles perspectives en matière d’emplois, de modernisation agricole, de développement touristique et de valorisation du littoral.

« L’économie des trois communes repose pourtant essentiellement sur l’agriculture. Au Sénégal, au quatrième trimestre de 2025, la valeur ajoutée réelle du secteur primaire a progressé de 3,6 % par rapport au troisième trimestre, grâce notamment aux performances du sous-secteur agricole, qui a enregistré une hausse de 4,7 %, selon les données de l’ANSD (NEER T4 2025) », rappelle Dr Philippe Malick Dione, géographe et membre de la coalition Diomaye Président à Nguéniène. Selon lui, ce dynamisme est porté majoritairement par les exploitations agricoles familiales.

La pression foncière menace l’avenir des exploitations familiales

Les projets de l’État, les fermes d’agrobusiness privées, les programmes immobiliers et les autres infrastructures modifient profondément les équilibres fonciers.

« On observe une pression sans précédent sur les terres de cultures familiales et pastorales », affirme Dr Philippe Malick Dione.

Pour le géographe, cette nouvelle dynamique, marquée par l’arrivée d’investisseurs et de populations extérieures disposant d’un capital économique supérieur à celui des autochtones, s’apparente à une forme de « gentrification rurale ». Elle favorise une concurrence de plus en plus forte entre les différents usages du foncier, au détriment des producteurs locaux, qui risquent d’être progressivement exclus de la chaîne de valeur.

Ne parvenant pas à résister au nouveau modèle économique et social qui leur est imposé, certains producteurs pourraient être contraints de vendre leurs terres à bas prix avant de migrer. D’autres finiraient par devenir de simples ouvriers agricoles sur leurs anciens terroirs.

« Les équilibres sociaux risquent ainsi d’être rompus et le système de production familiale désarticulé », avertit-il.

Une telle situation pourrait accentuer les risques d’insécurité alimentaire, d’autant plus que les produits horticoles issus des grandes exploitations d’agrobusiness sont, pour l’essentiel, destinés à l’exportation.

Inviter à une réflexion sur l’avenir de ces territoires ne revient pas à opposer développement économique et agriculture familiale. Il s’agit plutôt de co-construire une gouvernance territoriale capable d’anticiper les effets de ces mutations afin qu’elles profitent durablement aux populations, dans un contexte marqué par les changements climatiques et une forte croissance démographique.

L’agriculture familiale demeure le socle de la stabilité sociale et de la résilience économique des communes de Malicounda, Nguéniène et Sandiara. La défendre ne signifie pas préserver le statu quo. Ces transformations doivent constituer une opportunité d’accélérer sa modernisation, d’améliorer sa productivité et de diversifier les productions.

Ne s’agit-il pas également d’une occasion de promouvoir davantage l’agroécologie et l’innovation technologique ? Quelles stratégies mettre en place pour favoriser l’insertion des producteurs locaux dans les nouveaux marchés créés par le tourisme et l’expansion urbaine ?

Face aux défis fonciers, avec l’appui de la Banque mondiale, l’État du Sénégal a lancé le Projet Cadastre et Sécurisation Foncière (PROCASEF). Cette initiative vise à moderniser la gestion foncière à travers la mise en place d’un cadastre national afin de sécuriser les terres en zones rurales et périurbaines.

« Les premiers enseignements montrent que la sécurisation foncière constitue un préalable indispensable pour concilier les grands projets d’investissement et l’agriculture familiale. Elle contribuera à prévenir les conflits d’usage et à garantir un accès plus équitable au foncier, notamment pour les jeunes et les femmes », souligne Dr Philippe Malick Dione.

Selon lui, les opportunités offertes par le PROCASEF devraient inciter les collectivités territoriales à dépasser une simple gestion administrative du foncier pour élaborer une véritable stratégie d’aménagement intégré. Celle-ci devrait articuler les dynamiques urbaines et touristiques, l’industrie agroalimentaire, l’élevage et l’agriculture familiale.

Une telle planification permettrait de préserver durablement les espaces agricoles et pastoraux tout en accompagnant les investissements structurants.

Les dynamiques observées dans les trois communes du département de Mbour se retrouvent également dans plusieurs autres territoires ruraux du Sénégal. Il apparaît donc nécessaire d’anticiper ces mutations afin de construire une agriculture familiale plus résiliente, plus compétitive et mieux connectée aux nouvelles dynamiques territoriales.

Mamadou Ndiaye


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