La candidature de Macky Sall au poste de Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies continue de susciter des remous au sein du continent africain. Après la prise de position officielle du Sénégal, c’est désormais la Nigeria qui monte au créneau pour contester la démarche engagée au niveau de l’Union africaine.
Dans une note verbale datée du 27 mars 2026 et adressée à la Commission de l’Union africaine depuis Addis-Abeba, l’ambassade de la République fédérale du Nigeria et sa mission permanente auprès de l’UA et de la Commission économique des Nations Unies pour l’Afrique (UNECA) ont exprimé une opposition claire à la désignation de Macky Sall comme candidat de consensus du continent africain.
Au cœur de la contestation nigériane figure une critique de fond sur la procédure ayant conduit à cette initiative. Abuja estime que la décision de proposer l’ancien président sénégalais comme candidat africain au poste de Secrétaire général de l’ONU est « incorrecte sur le plan procédural ». Le Nigeria déplore notamment que les mécanismes établis au sein de l’Union africaine n’aient pas été respectés, en particulier l’absence d’un examen approfondi par le Comité ministériel chargé des candidatures.
Dans son argumentaire, le Nigeria insiste sur son attachement à un ordre international fondé sur des règles claires, des procédures rigoureuses et des principes multilatéraux. Il rappelle que les États membres de l’Union africaine sont tenus de respecter ces normes, qui constituent le socle de la crédibilité diplomatique du continent sur la scène internationale. En ce sens, Abuja considère que la démarche actuelle fragilise non seulement la cohérence interne de l’organisation, mais aussi sa position dans les grandes négociations internationales.
Au-delà de la question procédurale, la note verbale soulève également un enjeu de principe lié à la rotation régionale pour le poste de Secrétaire général des Nations Unies. Le Nigeria rappelle qu’il est généralement admis que ce poste suit une forme d’équilibre géographique entre les différentes régions du monde. Selon cette logique, il reviendrait cette fois à l’Amérique du Sud et à la région des Caraïbes de proposer un candidat. Or, l’Afrique reconnaissant les Caraïbes comme sa « sixième région », Abuja estime qu’une candidature africaine à ce stade pourrait être perçue comme une remise en cause de cette pratique diplomatique.
Le document met en garde contre les conséquences d’une telle entorse aux usages établis. Pour le Nigeria, ignorer ce principe de rotation pourrait affaiblir la position de l’Afrique dans les négociations futures et compromettre ses intérêts stratégiques à long terme. Cette lecture traduit une vision plus globale des équilibres internationaux, où chaque décision doit s’inscrire dans une logique de continuité et de respect des engagements implicites entre régions.
Enfin, Abuja exprime sa surprise face à la rapidité du processus. La note souligne que les États membres ont disposé de très peu de temps pour examiner une décision d’une telle importance, sans qu’elle ne fasse l’objet d’un débat approfondi. Cette précipitation est perçue comme un manquement aux standards de gouvernance de l’Union africaine, renforçant ainsi les réserves du Nigeria.
Toutefois, le pays tient à préciser que son opposition ne vise pas la personne de Macky Sall ni le Sénégal en tant qu’État. Il s’agit, selon les termes de la note, d’une réserve fondée exclusivement sur des considérations de procédure et de principe. Une nuance importante qui vise à éviter toute interprétation politique ou diplomatique hostile à l’égard du candidat.
Cette nouvelle prise de position vient accentuer les divisions au sein de l’Union africaine sur ce dossier sensible. Entre soutien affiché par certains États, réserves procédurales et désengagement du Sénégal lui-même, la candidature de Macky Sall apparaît désormais au cœur d’un débat complexe mêlant enjeux institutionnels, rivalités diplomatiques et équilibres géopolitiques.
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