Dans un discours solennel, le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a dressé un état des lieux lucide de la transition énergétique mondiale. Selon lui, l’humanité est à la croisée des chemins : soit elle accélère la bascule vers les énergies propres, soit elle s’enlise dans un modèle fossile synonyme de chaos climatique, d’instabilité économique et d’injustice sociale.
Aujourd’hui, un tournant historique semble amorcé. En 2024, la quasi-totalité des nouvelles capacités électriques installées à travers le monde provenaient des énergies renouvelables. Les investissements dans ce secteur ont atteint un niveau record de 2 000 milliards de dollars, soit 800 milliards de plus que ceux injectés dans les énergies fossiles. Le solaire et l’éolien se sont imposés comme les sources d’électricité les moins chères de la planète. En plus de créer des millions d’emplois et de stimuler la croissance, les énergies propres offrent une stabilité face aux chocs géopolitiques et aux fluctuations du marché, contrairement aux combustibles fossiles toujours massivement subventionnés.
Guterres ne mâche pas ses mots : les pays qui persistent à s’accrocher aux énergies fossiles ne protègent pas leur économie, ils la sabotent. En agissant ainsi, ils se ferment à la plus grande opportunité économique du XXIe siècle et compromettent leur compétitivité future. L’énergie propre, en plus d’être durable, renforce la souveraineté des nations. Là où les hydrocarbures sont soumis à des crises d’approvisionnement, à des embargos ou à des flambées de prix, le soleil et le vent, eux, sont inépuisables et accessibles à tous.
L’énergie propre, c’est aussi un levier de justice sociale. Elle peut transformer la vie de centaines de millions de personnes encore privées d’électricité, notamment en Afrique, grâce aux technologies solaires décentralisées et aux innovations à petite échelle. Mais cette transition, pourtant inévitable, reste aujourd’hui trop lente et profondément inégale. Les pays en développement sont encore largement laissés pour compte, et les systèmes énergétiques mondiaux demeurent dominés par les énergies fossiles. Pire encore, les émissions mondiales continuent d’augmenter alors qu’elles devraient chuter drastiquement pour éviter un dérèglement climatique irréversible.
Face à cette situation, António Guterres appelle à une mobilisation mondiale à plusieurs niveaux. Il demande d’abord aux gouvernements de revoir leurs plans climat en relevant fortement leurs ambitions. Les Contributions déterminées au niveau national (CDN), attendues dans les mois à venir, doivent clairement tracer une trajectoire de sortie des énergies fossiles et s’aligner avec l’objectif de limiter le réchauffement à 1,5 °C. Le G20, responsable de 80 % des émissions, a un devoir d’exemplarité.
Il insiste ensuite sur la nécessité de moderniser les systèmes énergétiques pour exploiter pleinement le potentiel des renouvelables. À ce jour, pour chaque dollar investi dans les énergies vertes, à peine 60 centimes sont consacrés aux réseaux électriques et aux capacités de stockage, alors qu’un équilibre parfait est indispensable pour garantir la fiabilité de l’approvisionnement.
Autre priorité : orienter la demande énergétique vers le renouvelable, notamment dans les secteurs à forte consommation, comme les centres de données, dont les besoins pourraient égaler ceux du Japon d’ici 2030. Les grandes entreprises technologiques ont, selon Guterres, une responsabilité dans l’alimentation de leurs infrastructures en électricité verte.
Il insiste également sur la nécessité d’une transition juste, qui tienne compte des travailleurs dépendants des combustibles fossiles, mais aussi des chaînes d’approvisionnement en minerais critiques. Celles-ci sont aujourd’hui entachées de violations des droits humains, de dégradations environnementales et d’une marginalisation des pays en développement, relégués aux maillons les moins rentables.
Dans un monde où les chaînes d’approvisionnement sont fragiles et le commerce mondial fragmenté, le Secrétaire général exhorte les États à coopérer pour diversifier la production d’équipements verts, réduire les barrières douanières et adapter les traités d’investissement afin qu’ils soutiennent activement la transition énergétique.
Enfin, Guterres alerte sur le sous-financement chronique des pays du Sud. Il rappelle que l’Afrique, bien que disposant de 60 % du potentiel solaire mondial, n’a attiré que 2 % des investissements en 2024. Il appelle à une mobilisation internationale pour alléger le fardeau de la dette, réformer les banques multilatérales de développement et inciter les investisseurs à revoir leurs grilles d’évaluation, afin de mieux intégrer les risques climatiques et le potentiel des énergies propres.
En conclusion, António Guterres dépeint une vision ambitieuse, mais réaliste : celle d’un avenir où l’énergie est propre, abondante, bon marché, et accessible à tous. Un avenir où les nations retrouvent leur autonomie énergétique et où l’électricité devient un bien commun mondial. Pour y parvenir, il faut agir maintenant. Car, comme il le martèle, la transition énergétique est en marche, mais elle doit aller plus vite, et surtout être plus équitable. « Nous avons aujourd’hui une occasion unique d’accélérer la transition mondiale. Saisissons-la. »