L'Assemblée nationale a rejeté le 3 novembre le projet de loi de finances rectificative pour 2026, par 126 voix contre 20 et 3 abstentions selon PressAfrik, à la suite de l'adoption d'une question préalable introduite par le député Amadou Ba. Le vote interrompt définitivement la procédure sans examen au fond du texte n° 40/2026. Ce dénouement, intervenu après plusieurs jours de tensions entre le gouvernement et les députés de Pastef, suscite de nombreuses interrogations.
La première concerne le rapport de la commission des finances, habituellement présenté par le rapporteur général Mady Danfakha. Le document a été contesté par le député Abdou Mbow, qui a dénoncé des modifications présumées, et le ministre de l'Économie, Cheikh Diba, a mis en cause la fidélité de certains passages sur les projets hospitaliers, les fonds spéciaux et les amendements. Le site s'interroge sur l'intervention du président du groupe Pastef, Ayib Daffé, comme rapporteur de séance, tout en relevant que les informations publiées ne permettent pas d'établir qu'il a remplacé Mady Danfakha, toujours identifié comme rapporteur général.
La conduite de la séance plénière interroge également : les débats ont été présidés par le vice-président El Hadji Malick Ndiaye, et non par le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, dont la communication autour des JOJ au lendemain du rejet a alimenté les commentaires. Sur le fond, les députés de Pastef invoquent un manque de sincérité budgétaire et réclament plus de transparence sur les recettes, la dette, l'exécution des investissements et les fonds spéciaux. Le ministère des Finances affirme avoir transmis réponses et justificatifs. Reste la question des conséquences pour les ménages, notamment les bénéficiaires des bourses de sécurité familiale, et celle d'un éventuel arrière-plan politique, dans un contexte de recomposition des rapports entre le président Bassirou Diomaye Faye et Ousmane Sonko.
Dans les rues de Dakar, les avis sont partagés, rapporte PressAfrik. Au rond-point Jet d'Eau, Modou Thiandoum, taximan, s'inquiète : « Nous sommes déjà confrontés à beaucoup de difficultés. Ce dont nous avons besoin, c'est que les responsables politiques trouvent des solutions. Les querelles politiques ne font qu'aggraver la situation. » L'économiste Abdoulaye Fall rappelle qu'« une loi de finances rectificative permet d'ajuster les prévisions budgétaires. Son rejet peut compliquer l'exécution du budget, mais les députés ont aussi le devoir de contrôler la gestion des ressources publiques ».
À Sicap Liberté, un retraité estime que la majorité « paralyse le pays » et interpelle le chef de l'État sur ses responsabilités. Assane Ndiaye défend au contraire le contrôle parlementaire : « Si les chiffres ne sont pas clairs et que les explications ne sont pas convaincantes, les députés ont raison de demander des comptes. » Oumar Sarr rappelle que « le pays a besoin de fonctionner », tandis que Mamadou Lamine Ba, à Dieuppeul, appelle le gouvernement et les députés à « s'asseoir autour d'une table », car « ce sont les Sénégalais qui attendent des résultats ».
Dans un communiqué publié le 4 novembre, l'organisation Action pour les droits humains et l'amitié (ADHA) alerte : « quand l'instabilité institutionnelle fragilise l'économie, la jeunesse risque de prendre le chemin de l'exil ». Elle rappelle que, « selon l'ANSD, le chômage élargi concerne 23,5 % des jeunes âgés de 15 à 34 ans au deuxième trimestre 2026 », et qu'au moins 937 personnes sont arrivées aux Canaries entre le 30 octobre et le 2 novembre, pour plus de 4 000 arrivées sur le mois. Son président, Adama Mbengue, estime que « le Sénégal ne doit pas devenir un pays où sa jeunesse perd confiance en l'avenir au point de chercher en mer ce qu'elle ne parvient plus à construire sur sa propre terre », et demande une « évaluation transparente et mesurable » des politiques de lutte contre le chômage et de prévention de la migration irrégulière.






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