Il ne s'agit pas d'un rejet ordinaire. Il intervient alors que le programme d'environ 2,2 milliards de dollars du FMI reste suspendu à l'approbation du conseil d'administration. Les députés du Pastef ont invoqué un manque de sincérité budgétaire pour déclencher la procédure de la question préalable, mettant fin au débat de fond avant même l'examen article par article. Quand la posture politique prime sur la raison économique, la facture n'est pas payée par ceux qui occupent l’hémicycle mais par le Tiac Tiac de Dakar inquiet du prix du carburant, par l'ouvrier du BTP qui attend son dû, par la famille qui dépend de la subvention à l'électricité.
Premier danger : le guichet du FMI se referme. Le Sénégal avait conclu un accord au niveau des services du FMI en septembre 2026, mais cet accord attend encore l'aval du conseil d'administration. Le rejet de la LFR envoie un signal limpide à la communauté internationale : dans ce pays, l'exécutif et le législatif ne parviennent pas à s'entendre sur l'assainissement budgétaire. Les conditions du FMI ne sont jamais qu'une affaire de chiffres , elles exigent du pays bénéficiaire qu'il démontre sa capacité institutionnelle à exécuter. Quand la majorité parlementaire , celle du président lui-même , rejette le budget du gouvernement, pourquoi le conseil d'administration du FMI croirait-il que Dakar tiendra ses engagements ? Les 2,2 milliards ne tomberont pas du ciel parce que des députés ont débattu de la « sincérité budgétaire », mais ils peuvent être indéfiniment gelés à cause d'un numéro politique.
Deuxième danger : la trésorerie du BTP et des chaînes d'approvisionnement se brise. Le Premier ministre Ahmadou Al Aminou Mohamed Lo avait lancé un avertissement presque suppliant avant le vote : « Ne pas voter la LFR, c'est empêcher les entreprises de bâtiment et de travaux publics de retrouver leur trésorerie, de relancer les chantiers à l'arrêt, de payer leurs fournisseurs, de renouveler leurs équipements. » Et d'ajouter : « C'est empêcher des ouvriers, des techniciens, des ingénieurs et des cadres de travailler et de percevoir un salaire. C'est empêcher des familles de payer leur loyer et de faire face aux frais de scolarité. » Le secteur du BTP sénégalais souffre déjà d'une grave tension de liquidité ; les ajustements de dépenses prévus dans la LFR servaient précisément à dégager les marges nécessaires au paiement des arriérés. Après le rejet, ces entreprises ne seront pas payées, les fournisseurs non plus, les salariés non plus. Pendant que les députés parlent d'opacité budgétaire dans l'hémicycle, sur les chantiers on parle de savoir si l'on pourra nourrir sa famille ce mois-ci.
Troisième danger : le trou des subventions énergétiques que personne ne comble. La LFR prévoyait de porter les crédits alloués à la subvention de l'électricité et à l'approvisionnement en gaz but.
Le Sénégal n a pas besoin d une crise institutionnelle pour prouver que l ‘Assemblee Nationale a du pouvoir pouvoir. Il a besoin d'une Assemblée capable d'examiner le budget article par article, de proposer des amendements, puis de laisser la loi de finances rectificative passer afin que l'État continue de fonctionner. Rejeter une LFR ne rendra pas le carburant moins cher, ne fera pas rentrer les salaires des ouvriers, ne débloquera pas l'argent du FMI par anticipation. Ce rejet ne fera qu'aggraver tout: plus de lenteur, plus de coûts, plus d'incertitude.
Lorsque les députés quittent l'hémicycle, ils ont peut-être le sentiment d'avoir remporté une victoire politique. Mais qui paiera la facture de cette victoire ? ceux qui la paieront ne sont jamais ceux qui ont voté contre.






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