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Société

Refus de paternité : Un phénomène qui touche de nombreuses victimes, des témoignages poignants

Le phénomène du refus de paternité a récemment attiré l'attention sur les nombreuses injustices vécues par des milliers d'enfants et de femmes dans certaines régions du Sénégal, notamment à Kaolack. Selon un récent rapport de l’association « Touche pas à…

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Refus de paternité : Un phénomène qui touche de nombreuses victimes, des témoignages poignants

Le phénomène du refus de paternité a récemment attiré l'attention sur les nombreuses injustices vécues par des milliers d'enfants et de femmes dans certaines régions du Sénégal, notamment à Kaolack.

Selon un récent rapport de l’association « Touche pas à ma sœur », 114 victimes ont été recensées. Ce phénomène n'est pas sans conséquences, et un cabinet spécialisé, Touche pas à ma sœur – Cabinet Rémanagorée, a décidé de prendre en charge cette problématique à travers une campagne de sensibilisation, ciblant principalement les jeunes âgés de 18 à 35 ans. La campagne, qui se déroule du 1er septembre 2024 au 31 janvier 2025, ambitionne de toucher 10 000 personnes, qu'il s'agisse de garçons, de filles, d'hommes ou de femmes.
Le refus de paternité est un acte qui peut avoir des conséquences dramatiques pour les enfants concernés. Il survient souvent lorsqu’un homme refuse de reconnaître un enfant qu’il a pourtant contribué à concevoir. Selon la législation sénégalaise, la paternité peut être contestée si l'homme mentionné dans l'acte de naissance ou celui ayant effectué la reconnaissance ne peut prouver qu'il est le père biologique. Dans ce cadre, un test de paternité peut être ordonné par le juge. Cependant, le Code de la famille actuel, modifié depuis 1972, reste une source de tensions et de discriminations, notamment en ce qui concerne les enfants issus de relations extraconjugales ou non reconnues par le père.
L’article 196 du Code de la famille stipule que "l’établissement de la filiation paternelle est interdit à tout enfant qui n’est pas présumé issu du mariage de sa mère ou n’a pas été volontairement reconnu par son père". Ce texte législatif suscite de nombreuses critiques, notamment sur le plan de l'égalité des droits entre les sexes et de la dignité des enfants. En effet, ces enfants, victimes de ce refus de reconnaissance, se retrouvent souvent dans une situation de vulnérabilité, privée de leur droit à la filiation et d’un nom de famille.
Les conséquences de ce refus sont multiples et profondes, allant de l'impact psychologique sur l’enfant, à des troubles d'identité, au rejet social. Pour de nombreux enfants, l'absence d'une figure paternelle peut entraîner une perte de repères et un sentiment d'infériorité. Cela peut aussi créer des tensions au sein de la famille, accentuant les difficultés des mères, souvent seules face à leurs responsabilités. Le refus de paternité engendre une injustice qui peut marquer toute une vie, comme en témoignent les récits de victimes de cette pratique.

TÉMOIGNAGES

Armand Faye, un biologiste de 34 ans, a partagé son expérience douloureuse : "Le refus de paternité doit être criminalisé au même titre que le viol", a-t-il affirmé. Victime d'un père ayant refusé de reconnaître sa paternité, Armand porte en lui une souffrance immense, malgré son succès matériel. "Rien ne peut justifier l'acte posé par mon père, et même si des tentatives de réparation sont faites aujourd'hui, le mal est déjà fait. J'ai le cœur lourd à chaque pensée de cette blessure", ajoute-t-il.
Mariama Diop, une jeune ménagère de 22 ans, raconte l'angoisse qu'elle a vécue : "J’ai même pensé à commettre l’infanticide", confie-t-elle en évoquant les moments difficiles qu'elle a traversés. "L'injure, la calomnie, le mauvais traitement, tout a été partagé, et la société ne cesse de me juger." Mariama explique que la honte de porter un enfant sans la reconnaissance du père est amplifiée par la pression sociale. "Je m’en remets à Dieu et prie pour mon employeur qui m’assiste, mais l'absence de reconnaissance paternelle est un fardeau énorme."
Ousmane Gueye, un artiste de 32 ans, a également été victime d’une accusation de paternité : "J’ai moi-même été accusé par une fille que j’ai brièvement rencontrée. Elle voulait m’attribuer la paternité de son enfant, mais c’était une aventure d’un soir, et je n’étais pas prêt à assumer cela." Ousmane illustre la confusion qui peut survenir dans des situations où les relations sont éphémères et où la question de la paternité peut devenir un terrain de conflit.
Les témoignages recueillis par le cabinet Rémanagorée et le groupe Touche pas à ma sœur montrent une réalité frappante : le refus de paternité engendre des souffrances profondes et durablement marquantes, aussi bien pour les victimes que pour la société en général. De nombreux acteurs sociaux appellent à une révision des lois en vigueur pour permettre une reconnaissance équitable de la paternité, notamment en ce qui concerne les enfants issus de relations hors mariage ou non reconnues par le père.
Les organisations militantes, ainsi que des experts en droit familial, plaident pour la modification de l’article 196 du Code de la famille, afin de permettre à tous les enfants, sans distinction, de connaître leur père et d’être reconnus légalement par celui-ci, indépendamment des circonstances de leur naissance.
La campagne lancée par Touche pas à ma sœur – Cabinet Rémanagorée souhaite non seulement sensibiliser la population, mais aussi inciter les autorités à prendre des mesures concrètes pour faire face à ce phénomène de refus de paternité. Une action qui pourrait bien contribuer à la construction d'une société plus équitable, où les droits des enfants et des femmes sont respectés, et où les hommes, tout comme les femmes, assument pleinement leurs responsabilités parentales.

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