Alors que le ministre espagnol de l'Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, s'est rendu à Dakar dans un contexte de recrudescence des arrivées aux îles Canaries, l'ONG Action pour les droits humains et l'amitié (ADHA) hausse le ton, rapporte Seneweb. Dans un communiqué, l'organisation pointe les limites d'une politique jugée trop sécuritaire et annonce une saisine prochaine de l'Assemblée nationale.
L'ADHA met en regard les moyens de la coopération bilatérale, 500 000 euros octroyés à la Marine nationale, le déploiement de 40 agents espagnols et la formation de plus de 300 policiers et gendarmes sénégalais, avec la réalité du terrain : au 31 octobre, les arrivées irrégulières en Espagne atteignaient 32 942 personnes, soit une hausse de 8,9 % sur un an, tandis que les Canaries recensaient 6 194 arrivées rien qu'en octobre.
Pour l'ONG dirigée par Adama Mbengue, ces chiffres montrent l'échec d'une stratégie centrée sur le seul verrouillage des frontières. « Empêcher une pirogue de partir peut éviter un naufrage ; cela ne supprime pas les raisons qui poussent ses passagers à prendre la mer », rappelle-t-elle.
L'ADHA interroge aussi l'efficacité des programmes d'accompagnement socio-économique. Si les bilans officiels du CILMI et des BAOS font état de milliers de personnes interpellées, accompagnées ou sélectionnées pour des emplois saisonniers en Espagne, l'organisation réclame de la transparence sur leur impact réel : combien de candidats ont durablement accédé à un emploi, combien de projets financés ont tenu dans le temps. « La sélection n'est pas le recrutement ; la formation n'est pas l'emploi ; le financement n'est pas la réinsertion », résume-t-elle, exigeant un bilan financier et opérationnel rigoureux, notamment face aux annonces de recrutements massifs et au mécanisme flexible de 30 millions d'euros.
Dénonçant une accumulation d'engagements sans évaluation préalable, l'ADHA annonce son intention de saisir l'Assemblée nationale pour réclamer une enquête parlementaire sur la gouvernance migratoire du Sénégal de 2006 à nos jours, afin de passer au crible les accords, les financements, les stratégies nationales et l'efficacité des structures chargées de la question. L'ONG demande de replacer l'humain, la dignité, la lutte contre la précarité et la justice sociale au cœur des politiques migratoires.






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