La controverse autour du marché d’électrification rurale attribué par l’Agence sénégalaise d’électrification rurale (ASER) connaît un nouveau développement. Après les déclarations de José Ángel González Tausz dans un entretien accordé au groupe WALF, mettant notamment en cause AEE Power Senegal et son Administrateur général, Saïdou Kane, la société sénégalaise a décidé de réagir. Dans un communiqué, elle réfute catégoriquement les accusations portées contre elle et affirme vouloir « rétablir les faits ».
Au cœur de la polémique figure notamment une accusation de « tentative d’escroquerie » liée à la prétendue falsification d’un reçu fiscal portant, selon José Ángel González Tausz, sur un montant de « 2 ou 3 millions d’euros ». Des accusations que AEE Power Senegal qualifie d’« accusation sans fondement documentaire ».
La société sénégalaise rappelle que son intervention dans l’exécution du marché n° T0296/2024 repose, selon elle, sur des engagements contractuels régulièrement établis. Elle affirme avoir été désignée comme mandataire et agent exclusif pour l’exécution du marché et souligne que cette qualité aurait été librement consentie et confirmée par AEE Power EPC à travers plusieurs actes contractuels. AEE Power Senegal ajoute que la banque Santander aurait également reconnu cette relation dans le cadre des opérations liées au financement du projet.
Pour la société, aucune des pièces versées aux différentes procédures administratives ou judiciaires ne permettrait, à ce stade, d’établir que les documents présentés comme faux seraient issus de AEE Power Senegal ou de ses dirigeants.
Une confrontation judiciaire au centre de la riposte
Dans son communiqué, AEE Power Senegal accorde une importance particulière à la confrontation qui s’est tenue devant le Doyen des juges d’instruction du Tribunal de Grande Instance hors classe de Dakar entre Saïdou Kane et José Ángel González Tausz.
Selon la version livrée par la société sénégalaise, le dirigeant de la firme espagnole n’aurait pas été en mesure, lors de cette audition, d’établir que les documents qu’il considère comme falsifiés provenaient de AEE Power Senegal ou de ses responsables.
L’entreprise sénégalaise estime qu’un autre élément de cette confrontation mérite également d’être souligné. José Ángel González Tausz aurait déclaré avoir fait enregistrer gratuitement le contrat T0296/24/DK le 28 juin 2024. Une affirmation que AEE Power Senegal conteste en rappelant que l’enregistrement du contrat aurait déjà été effectué plusieurs mois auparavant.
La société sénégalaise situe cette première formalité au 6 mars 2024, date à laquelle Saïdou Kane et ses équipes auraient procédé à l’enregistrement du contrat, après avoir obtenu une autorisation exceptionnelle délivrée par le ministère des Finances.
AEE Power Senegal considère donc que cette chronologie est importante pour apprécier les différentes accusations formulées dans le cadre du contentieux qui oppose les deux parties.
Une avance de démarrage de 36,733 milliards de FCFA au cœur du contentieux
Au-delà de la question des documents contestés, AEE Power Senegal remet également sur la table la gestion de l’avance de démarrage versée dans le cadre du marché. La société fait état d’un montant de 36,733 milliards de FCFA mis à disposition par la banque Santander.
Selon elle, la banque aurait exprimé de « vives inquiétudes » concernant la situation financière du projet, notamment en raison de l’existence d’un solde résiduel alors même que les travaux n’avaient pas encore démarré.
La société sénégalaise s’appuie également sur une ordonnance de la Cour suprême qui aurait évoqué un « soupçon de prévarication des deniers publics ». Elle cite, dans le même registre, la question des garanties d’assurance émises par la SONAC, dont les primes, selon AEE Power Senegal, n’auraient pas été acquittées avant leur délivrance.
Ces différents éléments sont présentés par l’entreprise comme des faits qui doivent, selon elle, être examinés dans le cadre global du contentieux opposant AEE Power Senegal à AEE Power EPC.
Une plainte pénale déposée depuis janvier 2025
Dans cette bataille judiciaire, AEE Power Senegal rappelle également avoir pris l’initiative d’une procédure pénale. Le 20 janvier 2025, la société affirme avoir déposé une plainte avec constitution de partie civile contre José Ángel González Tausz et AEE Power EPC auprès du Doyen des juges d’instruction.
La plainte, introduite par le Cabinet Boubacar Koïta & Associés, porte notamment sur des faits présumés d’abus de confiance, de faux, d’usage de faux et de dénonciation calomnieuse.
AEE Power Senegal estime ainsi que les accusations aujourd’hui formulées à son encontre doivent être replacées dans le contexte de cette procédure judiciaire, dans laquelle elle affirme être elle-même à l’origine d’une démarche visant à faire examiner les responsabilités des différentes parties.
La société sénégalaise dénonce, dans ce qu’elle présente comme une « inversion des rôles », les accusations portées publiquement contre son Administrateur général et contre l’entreprise.
AEE Power Senegal se dit prête à répondre devant la justice
Face à la persistance de la polémique autour du marché d’électrification rurale de l’ASER, AEE Power Senegal affirme rester disponible pour collaborer avec les autorités judiciaires et les organismes de régulation compétents.
L’entreprise assure vouloir faire toute la lumière sur les différents griefs soulevés dans ce dossier et indique se réserver le droit d’engager toutes les démarches qu’elle jugera nécessaires pour défendre son image, celle de son Administrateur général et ses intérêts.





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