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Casamance : ONU Femmes place les femmes au cœur de la paix, de l’autonomisation et de l’inclusion

ZIGUINCHOR – Pendant quatre jours, la Casamance a été au cœur d’une mission d’ONU Femmes consacrée à la consolidation de la paix, à l’autonomisation économique des femmes et à l’inclusion. Conduite par le Dr Maxime Houinato, directeur régional d’ONU Femmes…

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Casamance : ONU Femmes place les femmes au cœur de la paix, de l’autonomisation et de l’inclusion

ZIGUINCHOR – Pendant quatre jours, la Casamance a été au cœur d’une mission d’ONU Femmes consacrée à la consolidation de la paix, à l’autonomisation économique des femmes et à l’inclusion. Conduite par le Dr Maxime Houinato, directeur régional d’ONU Femmes pour l’Afrique de l’Ouest et du Centre, en compagnie de Mme Arlette Mvondo, représentante résidente d’ONU Femmes au Sénégal, et d’une importante délégation de l’organisation, cette mission a été ponctuée de rencontres avec les femmes, les autorités locales, les leaders communautaires et les bénéficiaires des programmes d’autonomisation.

Déployées à Ziguinchor et dans la commune de Nyassia, les différentes étapes de la mission ont notamment porté sur la médiation et la consolidation de la paix, la lutte contre les violences basées sur le genre (VBG), le leadership féminin ainsi que l’autonomisation économique des femmes rurales.

Les femmes appelées à jouer un rôle central dans la paix

La première journée a été marquée par le lancement du Cercle des médiatrices de la Casamance, une initiative réunissant des présidentes d’organisations féminines, des reines traditionnelles ainsi que plusieurs actrices et acteurs locaux engagés dans la recherche de la paix.

Pour Alphouseyni Diallo, chef du bureau de terrain d’ONU Femmes à Ziguinchor, l’implication des femmes est incontournable dans la construction d’une paix durable.

« Il ne peut pas y avoir une paix durable, une paix définitive sans l’implication des femmes. Les femmes sont les motrices de la paix, surtout dans les activités de médiation. Donc elles jouent un rôle à la fois de construction et de consolidation des liens sociaux », a-t-il expliqué.

La rencontre a également permis de revisiter les différentes étapes du processus de paix en Casamance et d’identifier les défis qui restent à relever.

Mme Ndèye Marie Diédhiou Thiam, présidente de la Plateforme des femmes pour la paix en Casamance (PFPC), a plaidé pour un retour plus systématique auprès des populations afin de mieux cerner leurs attentes.

« Ce matin, nous avons tenu la première rencontre du Cercle des médiatrices de la Casamance. Un cercle qui réunit l’essentiel des présidentes des organisations de femmes, avec l’appui et le soutien de nos autorités locales. Les reines ont pris part également à cette rencontre », a-t-elle déclaré.

Pour la présidente de la PFPC, la consolidation de la paix doit partir des réalités vécues par les populations.

« Quels sont les besoins effectivement des populations ? Il faut qu’on aille chercher ces réponses-là. Il faut qu’on retourne à la base », a-t-elle souligné.

Le Cercle des médiatrices entend ainsi poursuivre ses consultations et formuler des propositions, notamment pour contribuer à la réflexion sur les actions à mener dans le cadre du Plan Diomaye pour la Casamance.

Le COLTA veut mobiliser les forces vives de la Casamance

La deuxième journée a été consacrée au lancement de l’Alliance des Leaders Locaux pour l’Inclusion, l’Action Communautaire et le Changement (COLTA). À cette occasion, Malang Sané, chef du village de Santhiaba Ouolof, a été choisi comme coordonnateur régional de l’initiative.

En présence du directeur régional d’ONU Femmes, Dr Maxime Houinato, le nouveau coordonnateur a placé la femme au centre de la transformation sociale.

« La femme est le pilier de la famille avant d’être le pilier de la communauté », a-t-il rappelé.

Malang Sané a insisté sur la nécessité de renforcer la présence des femmes dans les secteurs stratégiques, notamment l’agriculture, le foncier, les postes de responsabilité et la participation politique. Il a également dénoncé les violences et les discriminations dont elles sont encore victimes.

« Chaque jour que Dieu fait, il y a un acte de violence posé sur la femme. Il faut que cette violence se taise pour que la famille vive dans l’harmonie », a-t-il martelé.

Le COLTA prévoit notamment un quota réservé aux femmes au sein de son bureau ainsi que l’installation de points focaux dans les différents départements. Ces relais devront travailler avec les leaders traditionnels, religieux et communautaires afin de définir les actions prioritaires à mener.

« Nous ne sommes pas venus pour dévoyer ce que nous avons trouvé sur place, mais pour renforcer et amener les gens au consensus afin que la femme vive son plein droit », a précisé Malang Sané.

Pour Dr Maxime Houinato, cette démarche s’inscrit pleinement dans la recherche d’une paix durable.

« La paix durable ne peut se construire sans l’implication des femmes », a-t-il rappelé, assurant de l’accompagnement d’ONU Femmes dans les actions de sensibilisation, de plaidoyer et de consolidation des acquis.

À Nyassia, les femmes rurales montrent les fruits de leur autonomisation

La troisième journée a conduit la délégation à Darsalam, dans la commune de Nyassia, où des femmes agricultrices accompagnées dans le cadre du Programme d’Appui aux Femmes dans l’Agriculture et le Développement Durable (PAF/AgriFeD) ont présenté leurs réalisations.

Champs d’arachide, périmètres agricoles, équipements de production, produits transformés et activités génératrices de revenus ont permis à la délégation de mesurer concrètement les effets des investissements consacrés à l’amélioration de la productivité agricole, à l’augmentation des revenus, à la sécurité alimentaire et au renforcement de la résilience des femmes face aux changements climatiques.

La visite, organisée par ONU Femmes en partenariat avec l’ONG Dimbaya Kagnalen, a particulièrement retenu l’attention de Mme Arlette Mvondo, représentante résidente d’ONU Femmes au Sénégal.

« Aujourd’hui, nous ne visitons pas simplement un projet. Nous visitons une preuve », a-t-elle déclaré.

Pour elle, les réalisations observées sur le terrain démontrent qu’un meilleur accès des femmes à la terre, aux ressources, aux compétences et aux opportunités économiques peut transformer durablement les conditions de vie des familles et des communautés.

« Ces champs, ces périmètres maraîchers, ces équipements, ces produits transformés et commercialisés ne sont pas seulement des réalisations visibles. Ils racontent une histoire. L’histoire de femmes qui ont refusé la fatalité, qui ont transformé les difficultés en opportunités », a-t-elle ajouté.

Présidant la cérémonie officielle, Moussa Aly Ba, sous-préfet de l’arrondissement de Nyassia, a rappelé la situation particulièrement difficile qu’a connue cette partie de la Casamance.

« Nyassia est une commune qui porte une histoire particulière. Notre territoire a été profondément marqué par le conflit en Casamance. Sur les 25 villages que compte la commune, 21 avaient été entièrement ou partiellement vidés de leurs populations », a-t-il indiqué.

Selon lui, le retour progressif des populations, la restauration de la sécurité, la réhabilitation des infrastructures et la relance des activités économiques créent aujourd’hui les conditions d’un nouveau départ.

Mais, a-t-il prévenu, le retour des populations ne saurait à lui seul suffire. Il faut également créer les conditions économiques permettant aux familles de vivre dignement, aux jeunes de disposer de perspectives et aux femmes de participer pleinement à la transformation de leur territoire.

À ses yeux, l’expérience de Darsalam illustre parfaitement cette dynamique. Lorsqu’une femme dispose d’un équipement, d’un financement, d’une parcelle sécurisée, d’une formation, d’un outil numérique ou d’un accès au marché, elle contribue non seulement au développement de son activité, mais aussi au renforcement des revenus familiaux, de la sécurité alimentaire et de l’économie locale.

Une dynamique qui, selon le sous-préfet, s’inscrit pleinement dans les ambitions de la Vision Sénégal 2050.

Kullimaaroo : partager l’expérience au-delà de la Casamance

La quatrième et dernière journée a notamment été consacrée à la communication et au partage des expériences acquises en Casamance.

Au centre d’accueil Kullimaaroo de Ziguinchor, qui a bénéficié de matériel fourni par ONU Femmes pour la cuisine, l’entretien, l’hygiène et la sécurité, Dr Maxime Houinato a insisté sur l’importance de mieux faire connaître les résultats obtenus sur le terrain.

« Le troisième aspect de notre séjour que je considère comme une satisfaction, c’est le volet communication. Lorsque des résultats sont atteints dans des contextes difficiles, il est important que l’équipe puisse communiquer de façon à ce que d’autres régions puissent bénéficier de l’expérience que nous avons ici, en Casamance », a-t-il expliqué.

Pour le directeur régional d’ONU Femmes, cette expérience ne doit pas rester confinée à la Casamance. Elle peut également profiter aux autres régions du Sénégal et aux communautés des pays voisins, notamment la Gambie et la Guinée-Bissau, qui partagent des réalités socioculturelles et territoriales avec la région naturelle de Casamance.

« Ce sont des communautés proches de celles qui vivent en Casamance. Il faut qu’il y ait un échange de façon à ce que le savoir-faire des populations en Casamance puisse être partagé », a plaidé Dr Maxime Houinato.

Il a assuré que cette question avait déjà été discutée avec les différents acteurs rencontrés au cours de la mission.

Une mission placée sous le signe de l’action

Au terme de ces quatre jours, la mission d’ONU Femmes a ainsi permis de mettre en lumière une même conviction : la paix, le développement et la cohésion sociale en Casamance passent nécessairement par une participation pleine et entière des femmes.

De la médiation communautaire à l’agriculture, en passant par la lutte contre les violences basées sur le genre, le leadership local et l’accès aux opportunités économiques, les différentes étapes de la mission ont témoigné d’une volonté de rapprocher les politiques et les programmes des réalités du terrain.

La présence des responsables des communes concernées ainsi que des représentants du gouverneur de Ziguinchor, Mor Talla Tine, a également accompagné cette dynamique.

De Ziguinchor à Nyassia, en passant par les organisations féminines, les leaders communautaires et les bénéficiaires du programme PAF/AgriFeD, le message porté durant ces quatre jours est resté constant : faire des femmes non plus seulement des bénéficiaires des politiques de paix et de développement, mais des actrices à part entière de la transformation de la Casamance.

Démarrée lundi à Ziguinchor, la mission a pris fin jeudi avec la visite du centre d’accueil Kullimaaroo. Elle laisse derrière elle des engagements, des perspectives et surtout une volonté affichée de faire de l’expérience casamançaise un modèle de partage, d’inclusion et de consolidation de la paix.

Alexis SAGNA

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