Aïssatou Tall Sall, présidente du groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal, a livré une critique incisive et sans concession à l’issue de la session parlementaire qui vient de s’achever. Dans un discours empreint de gravité, elle a dénoncé une exclusion systématique de l’opposition et une concentration excessive du pouvoir entre les mains de la majorité parlementaire, qu’elle accuse d’œuvrer à « anéantir » toute voix dissidente. Avec ses 17 députés, Takku Wallu se présente comme une opposition responsable, engagée fermement dans la défense de l’intérêt général.
L’ancienne ministre et députée a pointé du doigt une Assemblée nationale « tirée par l’exécutif », dans laquelle les initiatives législatives émises par les députés sont largement marginalisées au profit de lois élaborées sous la seule influence du gouvernement, souvent sans débat réel ni prise en compte des propositions des parlementaires. Elle a dénoncé avec véhémence l’obstruction dont seraient victimes les propositions de loi, citant en exemple le rejet catégorique d’une proposition de loi portée par Thierno Alassane Sall. « Lorsqu’un député soumet un projet de loi, nous lui faisons obstacle. C’est inadmissible », a-t-elle insisté.
Aïssatou Tall Sall a également critiqué la conduite du président de l’Assemblée nationale, Malick Ndiaye. Elle l’a accusé de ne pas respecter le règlement intérieur en participant directement aux débats parlementaires, un comportement contraire à l’article 69 du règlement. Selon elle, le président confondrait son rôle institutionnel avec celui d’un militant du parti PASTEF, ce qui contribue à fragiliser la neutralité de la présidence de l’Assemblée. Elle a évoqué plusieurs épisodes tumultueux où, selon elle, Malick Ndiaye aurait outrepassé ses prérogatives, notamment en intervenant de manière partiale lors des discussions.
La présidente de Takku Wallu a rappelé que la mission essentielle de l’opposition n’est pas d’être un simple ornement au sein de l’Assemblée, mais bien de jouer un rôle de contrepoids rigoureux. Elle a souligné qu’une opposition responsable soutient toute initiative bénéfique pour le pays, mais qu’elle s’oppose fermement à toute mesure qu’elle juge néfaste. Elle appelle donc à ce que la prochaine session parlementaire soit marquée par un « respect rigoureux du règlement intérieur » et une reconnaissance authentique de la place de l’opposition dans les débats.
Sur le plan institutionnel, Aïssatou Tall Sall a vivement condamné les récentes attaques du Premier ministre Ousmane Sonko contre la justice. En sa qualité d’avocate, elle a exprimé son inquiétude face à la gravité de ces propos, soulignant que « le jour où la confiance dans la justice sera ébranlée, ce sera l’achèvement de la République ». Elle a plaidé pour un rétablissement rapide de la sérénité institutionnelle, un respect mutuel entre les différents pouvoirs, et la préservation des fondements de la République.
En conclusion, la présidente de groupe a lancé un appel solennel à tous les acteurs politiques pour qu’ils œuvrent à sauvegarder la dignité et la réputation de l’Assemblée nationale. Elle a insisté sur le fait que le respect des règles, la conduite neutre des séances et la reconnaissance pleine et entière de l’opposition sont autant de marques d’« élégance républicaine ». Takku Wallu Sénégal, tout en affirmant sa volonté de poursuivre son combat au sein du Parlement, exige désormais d’être traitée avec le respect que lui confère la Constitution.