Education
Babacar Mbaye Ngaraf : « Ce qui se passe dépasse les simples ponctions, c’est une atteinte à la dignité des enseignants »
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par
Baye Aly Ndiaye
Dans une interview sans détour, Babacar Mbaye Ngaraf est revenu sur les ponctions opérées sur les salaires des enseignants et la crise persistante entre les organisations syndicales et le gouvernement. Un entretien marqué par un ton ferme, une dénonciation vigoureuse de la méthode employée par les autorités et un appel clair à l’unité syndicale.
Dès l’entame, le syndicaliste a tenu à préciser que les retenues sur salaire, en elles-mêmes, ne constituent pas un élément nouveau dans les luttes enseignantes. Selon lui, l’histoire a montré que ces mesures ont souvent produit l’effet inverse de celui recherché. « Les ponctions ont toujours dopé les ardeurs des enseignants », affirme-t-il, soulignant qu’elles renforcent généralement la mobilisation et la détermination.
Cependant, Babacar Mbaye Ngaraf établit une distinction nette entre des retenues légalement encadrées et ce qu’il considère comme des montants excessifs récemment prélevés. Il évoque des sommes allant de 80 000 à 180 000 FCFA, présentées comme concernant uniquement le mois de janvier. À ses yeux, ces chiffres posent un sérieux problème de légalité et de proportionnalité.
Pour lui, « ce qui se passe dépasse les simples ponctions ». Il parle d’une situation qui s’apparente à une injustice manifeste, d’autant plus préoccupante dans un contexte économique où l’État reconnaît lui-même des tensions budgétaires. Il s’interroge : comment justifier de telles retenues alors que le pays fait face à de multiples urgences sociales ?
Sur le plan stratégique, le responsable syndical annonce que des experts seront saisis afin de constituer un dossier solide en vue d’une éventuelle action devant les juridictions compétentes. Une démarche qui, selon lui, vise à situer les responsabilités dans le strict cadre du droit.
Mais l’interview ne s’est pas limitée à la question financière. Babacar Mbaye Ngaraf a également dénoncé ce qu’il qualifie de « préférence pour l’épreuve de force » au détriment du dialogue. Il regrette l’absence de discussions « sérieuses, franches et sincères » entre le gouvernement et les syndicats, et déplore une tentative de diabolisation des enseignants dans l’opinion publique.
À l’en croire, les Sénégalais restent lucides et capables de comprendre les enjeux réels de la crise. Il estime que fragiliser les enseignants, c’est fragiliser l’école publique elle-même, au risque de compromettre sa crédibilité et de décourager élèves et parents.
Enfin, Babacar Mbaye Ngaraf a lancé un appel à toutes les organisations syndicales du secteur pour une rationalisation de la table de négociation. Il plaide pour des mécanismes plus démocratiques permettant aux enseignants de choisir librement leurs représentants. Pour lui, l’unité et le dépassement des égos constituent désormais une condition essentielle pour faire face à la situation.
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