Ce quartier populaire de la banlieue dakaroise vit des heures sombres. Alors que les tensions entre les jeunes manifestants et les forces de l’ordre persistent, une autre menace, plus sournoise, s’infiltre dans le quotidien des habitants : une montée inquiétante de la criminalité.
Dans les ruelles de Cambérène, la colère des jeunes, alimentée par des frustrations sociales et politiques, se manifeste régulièrement à travers des rassemblements, parfois heurtés, face aux forces de l’ordre. Mais derrière cette agitation visible, un climat de peur se développe, nourri par des actes d’agression de plus en plus fréquents.
Selon plusieurs témoignages, des individus mal intentionnés profitent du tumulte ambiant pour commettre des actes de violence ciblés, notamment contre les motocyclistes. Ces derniers, souvent pris pour cibles sur les axes secondaires, rapportent des attaques brutales : interceptions à moto, vols sous la menace d’armes blanches, passages à tabac, et dans certains cas, dépossessions totales de leurs engins.
« C’est devenu dangereux de circuler seul, même en plein jour. On ne sait plus si on risque d’être gazé, agressé ou interpellé », confie Mamadou, un conducteur de moto-taxi habituel de la zone. Comme lui, nombreux sont ceux qui redoutent désormais de se déplacer librement, piégés entre les échauffourées sporadiques et l’insécurité grandissante.
Face à cette situation alarmante, la police de l’unité 15 des Parcelles Assainies a renforcé sa présence sur le terrain. Des patrouilles régulières sont observées dans plusieurs zones sensibles du quartier. Cependant, leur présence ne semble pas totalement apaiser les esprits. Les jeunes, toujours mobilisés, continuent de faire entendre leur mécontentement, parfois dans une confrontation directe avec les forces de l’ordre.
« Nous ne sommes pas des bandits, mais des citoyens frustrés. Que la police arrête de nous mettre dans le même sac que les agresseurs », s’indigne un manifestant, capuché et visiblement agacé par l’amalgame croissant entre rébellion politique et criminalité ordinaire.
Les habitants, quant à eux, se sentent pris en étau. Entre le feu des revendications sociales et la menace tangible de la délinquance, leur quotidien devient de plus en plus oppressant. Commerces fermés plus tôt, circulation réduite, repli sur soi… Cambérène est aujourd’hui un quartier sous pression.