En pleine séance budgétaire à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Agriculture, de la Souveraineté alimentaire et de l’Élevage, Mabouba Diagne, s’est longuement exprimé sur les enjeux de la prochaine campagne de commercialisation de l’arachide. Il a rappelé que le Comité national interprofessionnel de l’Arachide (CNIA) reste l’unique instance habilitée à fixer le prix au producteur ainsi qu’à proposer la date d’ouverture de la campagne. Selon le quotidien L’As, le ministre a tenu à rassurer les producteurs et les parlementaires quant au suivi rigoureux des opérations et à la préservation des intérêts de tous les acteurs.
Face aux députés, lors de la présentation du projet de budget de son département, adopté hier, Mabouba Diagne a exposé les orientations stratégiques de son ministère, soulignant les avancées enregistrées en 18 mois mais aussi les défis persistants vers l’objectif de souveraineté alimentaire. Il a salué la vision du gouvernement, qui place l’agriculture et l’élevage parmi les leviers essentiels du développement national.
Le ministre a assuré que toutes les dispositions seraient prises pour éviter toute baisse du prix au kilogramme d’arachide, notamment grâce au conseil interministériel prévu sur la question. Avec une production annoncée à plus de 900 000 tonnes cette année, les prévisions font état d’une dotation de 250 000 tonnes à la SONACOS et de 70 000 tonnes réservées aux semences, permettant d’envisager l’exportation d’une partie de la production nationale. Mabouba Diagne a insisté sur l’importance pour les producteurs de développer leurs propres semences, un mécanisme qui générerait des ressources supplémentaires pouvant être réinvesties dans l’irrigation, l’engrais et la modernisation des exploitations.
Concernant la gouvernance de la campagne, il a annoncé une révision de la composition des commissions de distribution, avec une implication plus forte des députés et une orientation vers des commissions majoritairement dirigées par des femmes, dans une logique de transparence et d’équité.
Évoquant les efforts de modernisation du secteur agricole, le ministre a mis en avant les actions engagées pour permettre aux agriculteurs de produire sur toute l’année. Cela passe par un meilleur accès au matériel agricole, aux aliments de bétail et aux unités de transformation, notamment pour la filière lait. Il a rappelé que la maîtrise de l’eau, la mécanisation et l’amélioration génétique constituent des conditions indispensables pour atteindre la souveraineté alimentaire. Les résultats enregistrés sur les 18 derniers mois témoignent de ces efforts : 250 000 tonnes de pomme de terre, 450 000 tonnes d’oignons, 112 000 tonnes de banane et 25 000 tonnes de coton.
Interrogé sur le soutien aux entrepreneurs de l’agrobusiness, Mabouba Diagne a précisé que ceux-ci ne bénéficient que de 5 % des intrants, la priorité étant accordée aux petits producteurs qui représentent le cœur de la politique agricole nationale. Il a également salué les performances de la Direction de la Protection des Végétaux (DPV) dans la lutte contre la mouche blanche, qui a particulièrement affecté la filière mangue ces dernières années.
Le ministre a ensuite abordé la mobilisation de ressources supplémentaires destinées aux projets industriels régionaux, notamment les unités de production de Ziguinchor et Sédhiou. Il a insisté sur la nécessité de prioriser la qualité des sols, soutenue par une nouvelle cartographie nationale de fertilité. À la fin des récoltes dans le Nord, des tracteurs et moissonneuses ont été redéployés vers le Sud pour soutenir les producteurs. Il a aussi confirmé l’extension du programme « Allo Tracteur » à toutes les communes du pays, afin de démocratiser l’accès à la mécanisation.
La SODAGRI a obtenu une rallonge de 700 millions de francs CFA. Pour faire face au coût élevé de l’électricité, le ministre a annoncé des négociations avec le ministère de l’Énergie en vue de mettre en place un tarif vert, plus accessible et fondé sur un partenariat public-privé. Il a également évoqué l’amélioration de la gestion des domaines agricoles communautaires (DAC) et l’équipement des points de collecte en cribles agricoles, ainsi que la mise à disposition d’équipements pour soutenir la riziculture dans le centre du pays.