Société
Charlatanisme, viol et tentative d’IVG : Demba Fall encourt 5 ans de prison dans une affaire mêlant mysticisme et abus
-
-
par
Diack
Pikine-Guédiawaye, 1er juillet 2025 – Une affaire à la fois complexe, troublante et révélatrice des dérives possibles du recours aux pratiques mystiques a été jugée hier devant la chambre criminelle de Pikine-Guédiawaye. Au cœur du dossier : Demba Fall, 49 ans, commerçant connu à Diamaguène pour ses pratiques ésotériques. Il est poursuivi pour association de malfaiteurs, charlatanisme, tentative d’interruption volontaire de grossesse (IVG) et viol sur une jeune femme de 22 ans, Isseu Gueye. Le parquet a requis cinq ans de prison ferme à son encontre.
Tout débute par un simple mal de ventre que la victime, Isseu Gueye, attribue à une forme d’empoisonnement mystique. Célibataire et enceinte, elle se rend chez Demba Fall, présenté dans son quartier comme un guérisseur. Très vite, l’affaire prend une tournure dramatique. Demba Fall la met en contact avec un autre guérisseur, Ibrahima Diarra, 72 ans, censé « résoudre le problème ».
Selon les informations rapportées par L’Observateur, la jeune femme se voit administrer potions, poudres à diluer dans du café, et bains mystiques, sans aucun effet notable. Face à l’échec des traitements, le vieux guérisseur finit par avouer son impuissance : « Je ne peux rien faire contre une grossesse aussi avancée. » C’est alors que la jeune femme décide de porter plainte.
L’enquête judiciaire révèle un triangle trouble entre Demba Fall, Ibrahima Diarra et la jeune femme. Tous trois sont inculpés pour association de malfaiteurs, tentative d’IVG et charlatanisme, tandis que Demba Fall est également poursuivi pour viol. Le parquet estime que les actes posés visaient clairement à interrompre illégalement la grossesse de la victime, alors enceinte de sept mois.
Selon la version de la victime, elle aurait subi des rituels violents, une perte de conscience, des douleurs intenses, des pertes de sang, et une sensation de pénétration lors d’un de ces bains mystiques. Ces allégations sont partiellement confirmées par un certificat médical versé au dossier.
À la barre, Demba Fall nie catégoriquement les faits. Il reconnaît avoir reçu la jeune femme et lui avoir donné des talismans, mais affirme n’avoir joué qu’un rôle d’intermédiaire entre elle et Ibrahima Diarra. Il évoque un prêt de 45 000 francs CFA et affirme avoir été menacé par la famille de la plaignante. Quant au viol, il le réfute totalement, assurant qu’aucun rapport sexuel n’a eu lieu.
Son avocat rejette l’ensemble des accusations, insistant sur l’absence de preuve matérielle et la non-comparution de la victime à l’audience. Il plaide que les pratiques mystiques évoquées relèvent des traditions locales, non du charlatanisme illégal, et affirme que le fait que l’enfant ait vu le jour contredit l’accusation de tentative d’IVG.
Le procureur, de son côté, a livré un réquisitoire sans concession. Il évoque des « dénégations fallacieuses », une manipulation spirituelle assimilable à un viol et une concertation avérée entre Demba Fall et Ibrahima Diarra pour interrompre la grossesse. Il estime que la vulnérabilité de la victime a été exploitée par les deux hommes et requiert cinq ans de prison ferme pour chacun.
L’affaire, désormais mise en délibéré, sera tranchée le 15 juillet. Au-delà des responsabilités individuelles, ce dossier met en lumière les dangers liés à certaines pratiques mystiques non encadrées. Lorsqu’elles franchissent les limites du consentement, elles peuvent se transformer en instruments de contrôle, de violence et d’abus.
En savoir plus sur LE DAKAROIS
Subscribe to get the latest posts sent to your email.