Le promoteur immobilier et homme d’affaires Mbackiyou Faye est au cœur d’un bras de fer judiciaire avec l’Association des résidents et propriétaires de la cité Touba Renaissance, une zone résidentielle qu’il a lui-même conçue et commercialisée à Ouakam. Ce différend, vieux de plusieurs années, a connu de nombreux rebondissements tant sur le plan civil que pénal, opposant d’un côté les attentes non satisfaites des résidents, et de l’autre, la contre-attaque procédurale d’un promoteur aujourd’hui sur la défensive.
Selon les informations du journal Les Échos, tout commence avec la création de la cité Touba Renaissance. Mbackiyou Faye, à l’origine du projet, avait élaboré un plan d’aménagement comprenant des terrains à usage d’habitation, mais aussi des aires de jeux, des jardins et autres espaces publics. Ce plan, validé à l’époque par les services compétents de l’urbanisme, a été l’un des principaux arguments de vente auprès des futurs acquéreurs.
Mais après la construction des maisons, les résidents ont constaté que les promesses de départ n’avaient pas été respectées. D’après l’Association, ni la voirie ni les réseaux d’assainissement n’ont été réalisés, alors que ces infrastructures incombaient au promoteur. Plus grave encore, le plan d’aménagement initial aurait été unilatéralement modifié par ce dernier : des espaces verts et lieux publics ont disparu au profit de nouveaux lotissements.
Face à cette situation, les résidents se sont organisés en association pour mener la bataille judiciaire. Une plainte pour faux et usage de faux a été déposée, accusant Mbackiyou Faye d’avoir modifié illégalement les plans initiaux. L’affaire a été confiée à la Section de recherches avant d’être transférée au Doyen des juges. Le dossier reste encore pendant devant le juge d’instruction.
En parallèle, les plaignants ont saisi le juge civil pour contraindre le promoteur à exécuter les travaux de base prévus. Le tribunal leur a donné raison, condamnant Mbackiyou Faye à réaliser les travaux de voirie et d’assainissement sous astreinte. Bien qu’il ait fait appel, la condamnation a été confirmée. Ce n’est qu’après cette décision que les travaux ont enfin été réalisés.
Après avoir été condamné au civil, Mbackiyou Faye a choisi de passer à l’offensive sur le terrain pénal. Il a déposé deux plaintes distinctes contre les responsables de l’association.
D’abord, quatre d’entre eux sont poursuivis pour destruction de biens appartenant à autrui, suite à une manifestation de protestation lors de laquelle des installations déjà construites par le promoteur ont été endommagées. Cette affaire sera examinée par le tribunal correctionnel de Dakar le 25 décembre 2025.
Ensuite, le président de l’association fait l’objet d’une citation directe pour diffamation et diffusion de fausses nouvelles. Des propos tenus dans la presse seraient à l’origine de cette action. Le jugement, initialement prévu le 19 juin 2025, a été renvoyé au 18 décembre 2025.
Malgré cette tension palpable entre les deux parties, Les Échos rapporte que des discussions sont en cours en vue d’un éventuel règlement à l’amiable. Après des années de procédures, d’accusations croisées et d’incertitude pour les résidents, cette médiation pourrait être le seul moyen d’éviter une guerre d’usure dont personne ne sortirait réellement vainqueur.
L’affaire Touba Renaissance est emblématique des litiges de plus en plus fréquents entre promoteurs immobiliers et résidents dans les grandes zones urbaines sénégalaises. Elle pose la question du respect des engagements contractuels, du contrôle public sur l’urbanisation privée, mais aussi du droit des citoyens à vivre dans un cadre conforme aux normes annoncées.
Dans un contexte où la demande en logements ne cesse de croître, ce genre de contentieux met en lumière les failles du secteur immobilier et l’urgence de réguler davantage les pratiques des promoteurs pour protéger les acquéreurs.