Un différend d’envergure oppose la Caisse des Dépôts et Consignations (CDC) à la famille du défunt homme d’affaires Diallo dit “Pithie”. En cause : une vaste assiette foncière exploitée depuis plus de quarante ans par les héritiers, que la CDC revendique désormais comme sienne. Le litige, déjà ancien, a pris une tournure explosive ces derniers jours avec des expulsions musclées et plusieurs interpellations.
La tension est montée d’un cran à Bambilor. Depuis quelques semaines, la famille Diallo “Pithie” accuse la CDC d’avoir entrepris un véritable « forcing » pour s’approprier ses terres, qu’elle exploite depuis 1980. Selon les héritiers, l’institution publique chercherait à combler un déficit dans un projet immobilier en difficulté. La situation a dégénéré jeudi dernier avec l’expulsion des gardiens qui surveillaient la propriété et l’intervention des forces de l’ordre.
Ce samedi matin, une conférence de presse organisée par les héritiers sur le site en litige a été interrompue par la gendarmerie. D’après les témoins, les forces de l’ordre ont mis fin à la rencontre avant d’interpeller six membres de la famille, dont trois fils du défunt milliardaire. « La conférence de presse se tenait sur un terrain privé appartenant à notre père. Ils n’avaient aucun droit d’y mettre fin. Ils ont arrêté nos frères, nos neveux et nos cousins », a dénoncé Abou Diallo, l’un des fils héritiers.
Selon lui, la CDC aurait brusquement revendiqué la propriété de l’assiette foncière, forte de 112 hectares, sans fondement légal. « Un bon jour, la CDC débarque pour dire que cette assiette lui appartient. Pourtant, notre famille l’exploite depuis plus de 40 ans avec des documents légaux enregistrés à la mairie », a-t-il déclaré.
Les héritiers soupçonnent une manœuvre visant à récupérer leurs terres afin de combler un déficit dans un programme immobilier lancé par la CDC en 2019 à Bambilor. « La CDC n’a que 150 hectares à Bambilor. Elle devait livrer 4 468 parcelles, mais n’en a distribué qu’un millier. Il lui manque plus de 3 000 parcelles, et pour combler ce gap, elle tente d’accaparer des assiettes foncières privées, avec la complicité d’un lobby étatique », a accusé Abou Diallo.
Le jeune héritier a également dénoncé ce qu’il considère comme une opération d’intimidation. Il affirme que la Direction de l’Exploitation et de la Sécurité des Opérations (DESCOS), initialement saisie pour arbitrer le litige, aurait été contournée au profit d’une intervention musclée. « Le commandant de la DESCOS avait demandé des documents pour clarifier la situation. Mais un autre commandant de gendarmerie est arrivé jeudi avec une dizaine de pick-up pour expulser nos gardiens. »
Sa sœur, Assi Diallo, a de son côté fustigé les méthodes utilisées par les tracteurs dépêchés sur le site. Selon elle, des champs de papayes, d’arachides et de citronniers ont été détruits en pleine nuit, malgré un ordre de suspension des travaux. « Ils viennent souvent la nuit pour éviter les contrôles. Nos cultures ont été rasées. Nous interpellons le chef de l’État pour qu’il mette fin à cette injustice. Nous sommes prêts à mourir pour défendre l’héritage de notre père », a-t-elle lancé avec émotion.
Face à cette escalade, la famille Diallo “Pithie” promet de poursuivre le combat par les voies légales. Elle affirme avoir « confiance en la justice » mais dénonce un « bradage foncier orchestré avec la complicité de certaines structures étatiques », citant notamment les services de l’impôt, du cadastre et de l’urbanisme.