Politique
Congrès national de Pastef : Ousmane Sonko défend une « révolution démocratique » et appelle à organiser la souveraineté
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par
Le Dakarois
Réélu à l’unanimité à la tête de Pastef-Les Patriotes pour un nouveau mandat de six ans, Ousmane Sonko a profité de la tribune du premier congrès national de son parti pour réaffirmer sa vision politique et idéologique du Sénégal et de l’Afrique. Devant des milliers de délégués venus des 553 communes du pays ainsi que de la diaspora, le président du parti a livré un discours aux accents programmatiques, axé sur la souveraineté, la transformation économique et l’avenir du projet porté par Pastef.
Dans une salle acquise à sa cause, le leader des Patriotes a insisté sur ce qu’il considère comme le principal défi de l’après-victoire électorale. Selon lui, l’accession au pouvoir en 2024 ne constitue pas une finalité mais le point de départ d’un processus de transformation beaucoup plus profond. « Notre responsabilité est désormais claire : organiser la souveraineté. La souveraineté ne se décrète pas, elle s’organise », a-t-il déclaré sous les applaudissements des congressistes.
Pour Ousmane Sonko, la souveraineté politique n’a de sens que si elle s’accompagne d’une véritable indépendance économique. Il a estimé que de nombreux États africains disposent aujourd’hui des attributs formels de l’indépendance sans pour autant maîtriser pleinement leurs choix économiques et stratégiques. « La souveraineté politique sans souveraineté économique n’est qu’un drapeau flottant sur la dépendance », a-t-il affirmé, appelant à une remise en question des mécanismes qu’il juge hérités de la période postcoloniale.
Afin d’illustrer sa réflexion, le président de Pastef s’est appuyé sur les écrits du penseur martiniquais Frantz Fanon. Citant l’auteur des Damnés de la Terre, il a rappelé que l’indépendance politique pouvait demeurer incomplète tant que les structures profondes de domination économique et culturelle continuaient à produire leurs effets.
Au-delà du constat, Ousmane Sonko a esquissé les contours du modèle qu’il souhaite voir émerger. Il a plaidé pour la construction d’un « État stratège », capable d’orienter le développement économique national, de protéger les secteurs jugés vitaux et de lutter efficacement contre les pratiques de corruption ainsi que les systèmes de rente. Selon lui, le Sénégal doit progressivement renforcer ses capacités de décision afin de réduire sa dépendance vis-à-vis des influences extérieures et des contraintes imposées par les marchés internationaux.
Le leader de Pastef a également évoqué les défis auxquels son projet politique pourrait être confronté. Sans citer de pays ou d’acteurs particuliers, il a mis en garde contre ce qu’il considère comme des tentatives d’ingérence ou de déstabilisation. « Notre révolution est guettée par ces interventions », a-t-il averti, avant d’assurer que le mouvement qu’il dirige disposait d’un solide soutien populaire pour faire face à toute tentative de sabotage. « Aucun projet de sabotage n’aboutira, parce que le peuple est debout aux côtés de Pastef », a-t-il lancé.
Sur le plan idéologique, Ousmane Sonko a revendiqué l’appartenance de Pastef à un courant qu’il qualifie de « panafricanisme souverainiste de transformation démocratique ». Il a inscrit son combat dans la continuité de plusieurs figures historiques africaines qui ont marqué les luttes pour l’émancipation du continent, notamment Cheikh Anta Diop, Kwame Nkrumah et Amílcar Cabral.
Selon lui, les défis auxquels font face les pays africains ne pourront être durablement résolus dans un cadre strictement national. « L’Afrique fragmentée reste vulnérable », a-t-il soutenu, plaidant pour un renforcement des coopérations régionales et une intégration continentale davantage fondée sur les intérêts stratégiques des peuples africains.
Dans la dernière partie de son intervention, le président réélu de Pastef a mis en garde contre deux orientations qu’il considère comme dangereuses pour l’avenir du continent. D’un côté, il a dénoncé ce qu’il appelle le réformisme d’accompagnement, qui accepte les dépendances sans chercher à les remettre en cause. De l’autre, il a critiqué les approches autoritaires qui prétendent accélérer le changement en marginalisant les citoyens et les mécanismes démocratiques.
« Notre voie est celle d’une révolution démocratique, populaire et souveraine », a-t-il conclu devant une assistance conquise, présentant cette ligne comme la seule capable de concilier transformation profonde de l’État, participation citoyenne et préservation des libertés démocratiques.
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