CONTRIBUTION
CONTRIBUTION CITOYENNE SUR LA NECESSITE D’UNE ECOLE DE FORMATION EN PHARMACIE DOUANIERE AU SENEGAL
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par
Diack
Par Alassane Marc Edouard MENDY,
Membre du Mouvement Contribution Citoyenne – Coordination de St Louis
Les faux médicaments représentent une menace majeure pour la santé publique, tant en raison de leur dangerosité que leur potentiel de profit. Le trafic de médicaments contrefaits, falsifiés ou introduits frauduleusement continue d’accentuer la menace pour la santé publique et l’économie nationale. Selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS), un médicament sur dix distribué dans le monde est contrefait, et cette proportion s’élève à un sur quatre dans les pays en développement.
Au Sénégal, le phénomène de trafic des faux médicaments est bien présent et touche une grande partie de la société. Une vaste opération conjointe de l’Agence Sénégalaise de Réglementation Pharmaceutique (ARP) et des Forces de Défense et de Sécurité (FDS) a permis de saisir 438 kilogrammes de faux médicaments, dont la valeur marchande est estimée à plus de 503 millions FCFA.
Face à cette situation préoccupante, des mesures de riposte sont mises en place par l’Etat du Sénégal et les agents des douanes sont souvent la première ligne de contrôle aux frontières terrestres, maritimes et aériennes principale zone de transit des faux médicaments.
Cependant, les multiples saisis de faux médicaments enregistrés au Sénégal au cours de la dernière décennie démontrent l’urgence de doter l’administration douanière de compétences spécialisées en pharmacie douanière afin de renforcer la lutte contre les trafics illicites et de protéger la santé publique.
La vente de faux médicaments au Sénégal : un marché bien structuré
La falsification des médicaments n’est pas un phénomène récent. Les médicaments jouent un rôle essentiel dans la santé publique et l’économie. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), les médicaments contrefaits représentent plus de 10 % du marché mondial des médicaments et on estime que plus de 50 % des médicaments vendus sur internet sont des contrefaçons.
Le marché des faux médicaments au Sénégal a connu une expansion alarmante, résultant d’une combinaison de facteurs économiques, sociaux et réglementaires. En tant que marché illégal, il est souvent alimenté par la demande de médicaments accessibles et abordables, représentant ainsi un défi majeur pour les autorités sanitaires.
Le paysage des faux médicaments est caractérisé par un réseau complexe et bien structuré d’acteurs interconnectés :
Distributeurs
Fabricants
clandestins
Pharmacies
non
autorisées
Vendeurs
au détail
- Fabricants clandestins : Ces laboratoires produits de faux médicaments dans des conditions souvent précaires, échappant à la réglementation en vigueur. Leur absence de conformité aux normes de sécurité expose les consommateurs à des produits potentiellement dangereux.
- Distributeurs : Les faux médicaments pénètrent le marché par des canaux de distribution qui les présentent comme des produits authentiques. Ces distributeurs, actifs tant au niveau local qu’international, compliquent considérablement la traçabilité des médicaments.
- Vendeurs au détail et pharmacie non autorisées : Ces produits contrefaits sont fréquemment offerts à la vente dans des pharmacies non autorisées ainsi que dans des marchés et des étals de rue. Cette accessibilité favorise leur adoption par le public, tout en permettant aux contrebandiers de maximiser leurs profits en contournant les réglementations.
Vu sa structuration, le marché des faux médicaments Sénégalais représente une menace sérieuse qui nécessite une mobilisation collective de l’Etat, des régulateurs et de la société civile. Il est crucial de mettre en place des initiatives de sensibilisation, d’améliorer le cadre réglementaire et de favoriser la coopération internationale pour lutter contre cette menace et protéger la santé de la population.
Les mesures de Riposte face à la prolifération des faux médicaments : La douanes sénégalaise acteur principal
Face à l’expansion alarmante du marché des faux médicaments, l’État du Sénégal a reconnu l’urgence de renforcer ses mesures de lutte pour protéger la santé publique et garantir la sécurité des citoyens. La problématique des médicaments contrefaits représente non seulement un défi de santé, mais aussi une menace pour l’intégrité du système économique national. C’est dans ce contexte que les autorités sénégalaises ont mis en place des stratégies coordonnées, mettant la douane au cœur de leurs efforts de lutte.
L’une des principales réponses de l’État consiste à renforcer les capacités de l’administration douanière. Les agents des douanes jouent un rôle essentiel en tant que première ligne de défense dans la détection et la saisie des faux médicaments aux frontières terrestres, maritimes et aériennes. Cette présence de la douane au niveau des frontières a permis une saisie importante de faux médicaments au cours de cette dernière décennie.
On peut noter entre autres : Principales saisies de faux médicaments au Sénégal (2015–2025)
On peut noter entre autres : Principales saisies de faux médicaments au Sénégal (2015–2025) : ➢ 2019–2021 : Les Douanes sénégalaises ont annoncé avoir saisi différents types de médicaments contrefaits et produits pharmaceutiques sur cette période d’une valeur estimée à environ 2,986 milliards FCFA sur le territoire national.
➢ Mai 2022 : Une saisie qualifiée de « record » par les Douanes avec une centaine de cartons de médicaments contrefaits d’une valeur estimée à 1,15 milliard FCFA dans la zone de Thiaroye banlieue Dakaroise.
➢ 2021–2023 : Les Douanes ont communiqué un volume global record de saisies liées aux faux médicaments et produits illicites d’une valeur estimée à environ 47 milliards
FCFA
➢ Janvier 2023 : Une saisie de 2 240 kg de faux médicaments débarqués clandestinement par voie maritime d’une valeur de 371 millions FCFA dans la zone de Joal-Fadiouth
➢ Février 2023 : A Mbao dans la banlieue Dakaroise, une saisie de faux médicaments par la Brigade maritime des Douanes de Rufisque d’une valeur de 85 millions FCFA
➢ Juillet 2023 : Une série d’opérations contre les réseaux de trafic pharmaceutique a été organisé au centre du pays Kaolack – Kaffrine pour une saisie de 382 millions FCFA
Les chiffres des saisies effectuées par la douane sénégalaise révèlent non seulement l’efficacité des agents de la douane mais aussi l’ampleur du phénomène et témoigne également de la nécessité d’améliorer les compétences et les moyens de nos agents. Dans ce contexte, plusieurs mesures sont indispensables pour renforcer l’efficacité des contrôles douaniers et garantir la sécurité sanitaire des citoyens.
Le renforcement de capacité de l’administration douanière une alternative pour une meilleure gestion des médicaments prohibés
La lutte contre les trafics illicites de produits pharmaceutiques est un enjeu crucial pour les autorités sénégalaises. En ce sens, une formation spécialisée des agents de douane est essentielle. En effet, face à la multiplication et la sophistication des méthodes utilisées par les trafiquants, une connaissance approfondie des produits pharmaceutiques, de leurs caractéristiques et des réglementations en vigueur est primordiale. Des formations régulières permettront aux agents d’identifier plus facilement les produits prohibés et de mieux appréhender les risques associés à leur circulation.
Ensuite, la création d’un laboratoire douanier dédié à l’analyse des produits saisies constitue une avancée majeure. Ce laboratoire serait un outil précieux pour effectuer des tests rapides et fiables, permettant aux douaniers de déterminer la nature des substances qu’ils rencontrent. L’accès à des équipements modernes et à des supports d’analyse pourrait ainsi renforcer les capacités d’intervention de la douane et réduire les délais de prise de décision.
Par ailleurs, l’établissement d’une unité de pharmacie douanière pourrait servir de point de référence et d’expertise au sein de l’administration. Cette unité, composée de professionnels du secteur pharmaceutique, travaillerait en étroite collaboration avec les agents de douane pour fournir des conseils et une assistance technique lors des contrôles. Cela favoriserait une meilleure compréhension des enjeux liés aux produits pharmaceutiques et améliorerait la coordination des actions menées sur le terrain.
Cependant, pour concrétiser toute ces actions primordiales dans l’action de la douane, la création d’une école sanitaire/pharmaceutique douanière à l’instar de l’Ecole Militaire de Santé serait une innovation majeure pour l’administration douanière mais aussi une vraie illustration de la montée en puissance de la douane sénégalaise.
En plus d’être une innovation majeure pour la douane, cette école pourrait permettre de renforcer les rangs de la douane et par la même occasion améliorer l’insertion professionnelle des jeunes scientifique à travers des concours.
La sélection des meilleurs élèves et étudiants issus des filières scientifiques permettra d’avoir un personnel douanier capable de répondre aux enjeux actuels afin de mieux endiguer le phénomène de prolifération des faux médicaments et garantir la santé publique.

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