CONTRIBUTION
TRIBUNE | Le SYNPICS a-t-il perdu ses repères ? Il est temps de revenir à l’essentiel
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par
Diack
Par El Hadji Cheikh Kane
La publication du communiqué du Bureau exécutif national du Syndicat des Professionnels de l’Information et de la Communication du Sénégal (SYNPICS), à la suite des interpellations intervenues dans les locaux de Fegnal Digital, m’interpelle profondément. En tant que journaliste, directeur de publication et Président-Directeur Général du Groupe Ledakarois, je ne peux rester silencieux face à une prise de position qui, à mon sens, traduit une perte de repères de l’organisation censée défendre notre profession.
Je tiens d’abord à préciser que cette tribune n’a pas pour objet de commenter une procédure judiciaire en cours, encore moins de défendre des personnes mises en cause. La justice doit travailler en toute indépendance, et nul n’est au-dessus de la loi.
En revanche, ce qui me préoccupe, c’est le positionnement adopté par le SYNPICS. Depuis des décennies, cette organisation syndicale est le symbole de la défense de la liberté de la presse, des droits des journalistes et des conditions d’exercice de notre métier. Elle a toujours été la voix des rédactions lorsque celles-ci étaient confrontées aux intimidations, aux pressions ou aux atteintes à la liberté d’informer.
Aujourd’hui, beaucoup de journalistes ne se reconnaissent plus dans ce communiqué. Les nombreuses réactions enregistrées au sein de la profession traduisent un malaise profond. Sans prétendre parler au nom de tous les journalistes sénégalais, il est difficile d’ignorer que plusieurs voix reconnues de notre corporation ont publiquement exprimé leur désaccord.
Le SYNPICS semble avoir oublié une règle fondamentale : un syndicat ne peut être crédible que s’il reste fidèle à sa mission première. Cette mission n’est pas de commenter les choix opérationnels des forces de sécurité, ni de donner le sentiment de se substituer au débat judiciaire. Elle consiste avant tout à défendre les journalistes professionnels, leurs droits, leurs libertés et les principes qui fondent une presse libre et indépendante.
Le contexte actuel impose également une réflexion de fond. Le paysage médiatique a profondément changé. Les plateformes numériques, les chroniqueurs, les influenceurs, les communicateurs et les militants occupent désormais une place importante dans l’espace public. Cette évolution est une réalité.
Mais cette réalité ne doit pas conduire à effacer les frontières entre ces différents statuts.
Le journalisme est une profession. Il repose sur une déontologie, une responsabilité éditoriale, la vérification des faits, le respect de l’éthique et de l’intérêt général. Être présent sur une plateforme numérique ou prendre la parole devant une caméra ne suffit pas à conférer automatiquement le statut de journaliste.
À vouloir défendre indistinctement tous les producteurs de contenus numériques, le SYNPICS prend le risque de brouiller l’identité même de la profession qu’il est censé protéger. C’est précisément cette confusion qui nourrit aujourd’hui l’incompréhension d’une partie importante de la corporation.
Pendant que les journalistes continuent de faire face à la précarité, aux licenciements, aux retards de salaires, au manque de protection sociale, aux difficultés économiques des entreprises de presse et aux défis de la transition numérique, le syndicat devrait concentrer son énergie sur ces combats essentiels.
Notre profession traverse une période décisive. La crédibilité des médias est constamment mise à l’épreuve. Dans ce contexte, nous avons besoin d’un SYNPICS fort, indépendant, rassembleur et fidèle à ses valeurs historiques.
Je lance un appel respectueux mais ferme aux responsables du syndicat : écoutez la base, ouvrez le dialogue avec les journalistes, prenez la mesure du malaise qui s’exprime et engagez une réflexion collective sur le rôle du SYNPICS dans le Sénégal d’aujourd’hui.
Il ne s’agit pas d’affaiblir notre organisation syndicale. Bien au contraire. Le SYNPICS est une institution précieuse pour la presse sénégalaise. C’est précisément parce que nous y sommes attachés que nous refusons de le voir s’éloigner de sa vocation.
Les grandes organisations savent reconnaître les moments où elles doivent se remettre en question. Ce débat peut être une opportunité de renouer avec les fondamentaux : défendre les journalistes professionnels, protéger la liberté de la presse et préserver la crédibilité de notre métier.
Le SYNPICS ne doit pas perdre son âme. Il doit retrouver ses repères.
El Hadji Cheikh Kane
Président-Directeur Général du Groupe Ledakarois
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