Création du CNRM : Ibrahima Lissa Faye dénonce un processus « extrêmement grave » et opaque

Le projet de loi portant création du Conseil national de régulation des médias (CNRM), destiné à remplacer le Conseil national de régulation de l’audiovisuel (CNRA), continue de susciter de vives réactions au sein de la corporation médiatique. Adopté en Conseil des ministres, ce texte est vivement critiqué par le président de l’Association des éditeurs et professionnels de la presse en ligne (APPEL), Ibrahima Lissa Faye, qui dénonce la manière dont il a été élaboré, qualifiant le processus de « extrêmement grave ».

Selon le patron de PressAfrik, les professionnels des médias, pourtant directement concernés par cette réforme majeure, ont été largement tenus à l’écart des travaux de rédaction. Il affirme que l’élaboration du texte s’est faite dans un cadre restreint, confié à un cercle fermé de juristes, sans véritable concertation avec les acteurs du secteur. « Le travail pour l’élaboration de ce texte a été fait par un cercle fermé de juristes. Et nous n’avons pas du tout été impliqués, à part le lancement des travaux le 24 janvier 2025 », a-t-il déploré.

Pour Ibrahima Lissa Faye, cette mise à l’écart est d’autant plus préoccupante que le futur organe de régulation aura un impact direct sur l’organisation et l’exercice du métier de journaliste et d’éditeur de presse. « Ce texte va régir notre façon de travailler et d’organiser notre métier, et nous n’avons pas eu notre mot à dire. C’est extrêmement grave », a-t-il insisté, soulignant qu’il serait prématuré de se prononcer sur le fond du projet tant que son contenu exact n’a pas été rendu public. Il indique toutefois que les membres de l’APPEL sont en concertation afin de définir l’attitude à adopter face à cette situation.

Malgré ces critiques sévères sur la forme, le président de l’APPEL reconnaît néanmoins la pertinence de la démarche engagée par l’État. Il qualifie même l’initiative gouvernementale d’« excellente », estimant que l’actuel Conseil national de régulation de l’audiovisuel est devenu inadapté aux réalités du paysage médiatique sénégalais. Selon lui, le CNRA souffre de limites importantes, tant sur le plan juridique que sur celui des moyens humains et financiers, ce qui l’empêche de remplir efficacement sa mission de régulation.

Ibrahima Lissa Faye dit ainsi fonder l’espoir que le futur CNRM disposera de prérogatives élargies, lui permettant de réguler non seulement les médias traditionnels, mais aussi la presse en ligne et les plateformes numériques. Il considère que de nombreuses dérives observées dans le secteur sont directement liées à l’absence d’un organe de régulation moderne, doté de pouvoirs adaptés à l’évolution rapide des modes de production et de diffusion de l’information.

Le projet de loi portant création du CNRM devrait être soumis, dans les prochains jours, à l’examen de l’Assemblée nationale. Son adoption par la majorité présidentielle ouvrirait alors la voie à une profonde reconfiguration du cadre de régulation des médias au Sénégal, dans un contexte marqué par l’essor du numérique et les débats récurrents sur la liberté de la presse et la responsabilité des acteurs de l’information.


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