Le climat social demeure particulièrement tendu au Sénégal, sur fond de scandale sanitaire et de révélations troublantes liées à une affaire présumée de pédophilie impliquant la transmission volontaire du VIH. Dans ce contexte lourd d’émotion et d’indignation, le Syndicat Unique des Travailleurs de la Santé et de l’Action Sociale (SUTSAS) est sorti de sa réserve pour dénoncer ce qu’il qualifie d’inaction du ministère de la Santé et de l’Hygiène publique face aux urgences sanitaires et sociales.
Réuni en Secrétariat Exécutif Permanent, le syndicat a dressé un constat sévère de la gestion actuelle du secteur. Au centre de ses critiques figure le traitement de l’affaire dite « Softcare », ainsi que la prise en charge des victimes et des familles affectées par les récents scandales de mœurs. Pour le SUTSAS, la réponse des autorités ne saurait se limiter à l’ouverture d’enquêtes judiciaires ou à des interpellations spectaculaires. Elle doit également intégrer une dimension humaine, sociale et psychologique.
Birahim Dieng, chargé des revendications du syndicat, insiste sur l’urgence d’une prise en charge holistique des victimes, en particulier des mineurs et des familles exposées médiatiquement. Selon lui, la révélation publique du statut sérologique de certains parents risque d’entraîner une stigmatisation durable, notamment pour les enfants concernés. Le syndicat appelle ainsi à la mise en place immédiate d’un accompagnement psychosocial structuré afin d’éviter des traumatismes supplémentaires et une marginalisation sociale accrue.
Au-delà de la gestion de cette crise spécifique, le SUTSAS met en lumière un problème structurel qu’il juge déterminant : le détachement du département de l’Action sociale du ministère de la Santé. Cette réorganisation administrative est perçue par les syndicalistes comme un affaiblissement des capacités d’intervention sur le terrain. Selon eux, ce « divorce » institutionnel a privé les services sociaux de ressources essentielles, au moment même où les besoins augmentent.
Les Centres de Promotion et de Réinsertion Sociale (CPRS), notamment, seraient confrontés à un manque criant de moyens humains et matériels. Cette situation serait d’autant plus préoccupante que le pays enregistre une hausse des accidents de la route, avec pour conséquence une augmentation du nombre de personnes en situation de handicap nécessitant un accompagnement spécialisé et de longue durée.
Le syndicat attire également l’attention sur la dégradation des conditions de travail dans plusieurs établissements publics de santé, en particulier dans le nord du pays. À Saint-Louis et à Richard-Toll, les infrastructures et les ressources seraient insuffisantes pour répondre efficacement aux besoins des populations. Le SUTSAS évoque une situation critique dans ces structures, marquée par un déficit de personnel, des tensions organisationnelles et des difficultés logistiques persistantes.
Par ailleurs, l’organisation syndicale rappelle que plusieurs revendications anciennes restent sans réponse. Elle cite notamment l’épurement du passif social concernant les agents contractuels et ceux des collectivités territoriales, la révision des plans de carrière des professionnels de santé et la résolution de la crise au sein de l’Agence de Réglementation Pharmaceutique. Pour le syndicat, ces dossiers en suspens traduisent un manque de dialogue et de volonté politique.
Face à ce qu’il considère comme une absence de réaction adéquate aux « urgences de l’heure », le SUTSAS prévient qu’il pourrait durcir le ton si des mesures concrètes ne sont pas rapidement adoptées. La protection des victimes, la restauration des moyens de l’action sociale et l’amélioration des conditions de travail des agents de santé apparaissent désormais comme des priorités que le syndicat entend placer au cœur du débat public.
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