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Des marchés flambants neufs mais vides : l’alerte de Diomaye sur l’inertie des infrastructures commerciales

Le Sénégal ne manque pas d’infrastructures commerciales flambant neuves. Ce qui lui manque, ce sont des infrastructures réellement utilisées. Le constat a été sèchement rappelé ce 23 juillet par le président Bassirou Diomaye Faye, en Conseil des ministres. Le chef de l’État a ordonné une « accélération de la modernisation des marchés et des infrastructures commerciales », pointant du doigt un mal désormais trop visible pour être ignoré : la prolifération de bâtiments achevés mais inopérants.

L’illustration emblématique : le marché de Tilène à Ziguinchor. Moderne, achevé, mais toujours fermé. En cause : une coordination défaillante entre les différentes mailles de l’administration, retardant sa mise en service effective. Ce cas n’est pas isolé. À Dakar, Kaolack, Louga ou Tambacounda, des dizaines d’infrastructures commerciales sont terminées depuis des mois, voire des années, mais demeurent inaccessibles, faute de raccordement, de réception, ou tout simplement d’un gestionnaire désigné.

Alors que les besoins en infrastructures commerciales sont criants — pour désengorger les marchés saturés, structurer les circuits courts, valoriser la production locale — des équipements publics tout neufs restent inusités. Une absurdité logistique et économique que le président a qualifiée de « frein à la vitalité des échanges locaux ».

Cette inertie n’est pas seulement une aberration technique. Elle aggrave la fragmentation du tissu économique. Faute de lieux adaptés pour stocker, vendre ou transformer, les produits agricoles peinent à trouver preneur. L’informel prolifère, la distribution se désorganise, et les pertes post-récoltes explosent. Dans un pays où plus de 40 % de la population dépend de l’agriculture et du commerce local pour vivre, l’enjeu est de taille.

L’appel du président Faye ne vise donc pas seulement les bétonneurs. Il questionne tout un écosystème de production de politiques publiques. « Moderniser, ce n’est pas seulement construire. C’est penser l’usage, garantir la continuité, assurer la gestion », a-t-il insisté. Cela implique une refonte de la chaîne de valeur institutionnelle, de la planification à la maintenance, en passant par l’allocation budgétaire et la gouvernance locale.

Ce signal politique marque une rupture avec une logique d’investissement purement visible, où l’on inaugure sans opérer, où l’on dépense sans piloter. La modernisation voulue par le nouveau pouvoir se veut plus ancrée dans les pratiques que dans le béton.

L’enjeu n’est pas qu’intérieur. Le commerce extérieur sénégalais, malgré une dynamique de croissance remarquable — 3 909 milliards FCFA d’exportations en 2024 — reste plombé par un déficit commercial massif, dépassant les 3 200 milliards FCFA. Le taux de couverture des importations par les exportations stagne à 54,6 %.

Dans ce contexte, des infrastructures commerciales intérieures fonctionnelles pourraient constituer une réponse stratégique. Meilleure logistique, stockage optimisé, transformation locale des produits bruts : autant de leviers pour hausser la valeur ajoutée nationale, limiter les importations, et renforcer les exportations.

Le gouvernement mise déjà sur des projets structurants comme SAR 2 (raffinage) ou Gas to Power (production énergétique) pour soutenir la réindustrialisation. Mais comme le rappelle l’alerte présidentielle, ces mégaprojets doivent s’accompagner d’un ancrage territorial plus diffus : marchés modernes, zones de transformation, pôles logistiques ruraux. Bref, une économie réelle, proche des producteurs et des consommateurs.

Le cas du marché de Tilène symbolise une impasse : celle d’une modernité sans vie. L’économie productive que le Sénégal ambitionne ne peut émerger sur des ruines neuves. Elle appelle une capacité nouvelle à « faire simple, faire utile, faire durable », selon les mots du chef de l’État.


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