Le Tribunal correctionnel de Dakar a rendu son verdict dans l’affaire du détournement présumé de 100 millions de FCFA du compte bancaire de l’Hôpital psychiatrique de Thiaroye. Au terme du procès, Anthony Sidati a été condamné à cinq ans de prison ferme assortis d’une amende de 5 millions de FCFA, tandis que ses deux co-prévenus, Ndiaga Diallo et Dieynaba Célestine Malou, ont écopé chacun d’une peine d’un an d’emprisonnement ferme. Les trois condamnés devront, en outre, verser solidairement 115 millions de FCFA à l’établissement hospitalier en réparation du préjudice subi.
L’affaire trouve son origine dans un contrôle de routine des comptes bancaires de l’Hôpital psychiatrique de Thiaroye, domiciliés à la Société générale. C’est l’agent comptable de l’établissement, Aminata Codou Sarr, qui a découvert une anomalie majeure : une somme de 100 millions de FCFA avait disparu du compte de l’hôpital. Face à cette situation, une plainte a immédiatement été déposée, déclenchant une enquête approfondie confiée aux services compétents.
Les investigations ont rapidement permis de mettre au jour un système de virements frauduleux. Les enquêteurs ont notamment identifié deux transferts de fonds d’un montant de 50 millions et de 48 millions de FCFA vers différents comptes bancaires, avant que les sommes ne soient retirées ou redistribuées. Ces opérations ont conduit à l’interpellation de trois personnes soupçonnées d’avoir participé, à divers niveaux, au mécanisme de détournement.
Devant le Tribunal correctionnel de Dakar, les prévenus étaient poursuivis pour introduction frauduleuse dans un système informatique, escroquerie portant sur des deniers publics, obtention d’avantages indus, blanchiment de capitaux et complicité. Tous ont contesté leur implication dans une quelconque entreprise criminelle, soutenant avoir ignoré l’origine illicite des fonds.
À la barre, Dieynaba Célestine Malou a expliqué avoir prêté son compte bancaire à un compagnon de nationalité nigériane, affirmant que celui-ci lui avait demandé ce service sans lui révéler la provenance des fonds. Selon sa version, les sommes créditées sur son compte ont ensuite été transférées à une autre personne dont elle dit ne pas connaître l’identité.
Pour sa part, Ndiaga Diallo a reconnu avoir retiré des fonds déposés sur son compte commercial par Anthony Sidati. Il a soutenu qu’il croyait participer à une opération d’investissement au Sénégal. Il a indiqué avoir remis 48 millions de FCFA à son interlocuteur tout en conservant deux millions de FCFA comme commission. Il a également affirmé avoir pris le soin de s’assurer que l’argent provenait d’une source licite, assurant avoir reçu des garanties en ce sens.
Anthony Sidati, considéré comme le principal mis en cause, a, de son côté, évoqué une confusion sur son identité, soutenant qu’il ne s’agissait pas de la personne recherchée. Toutefois, selon les éléments recueillis par les enquêteurs, les analyses techniques ont permis de démontrer qu’il correspondait bien à l’individu identifié sous le pseudonyme « Robert » dans les échanges et les opérations financières examinées au cours de l’enquête.
Les investigations se sont notamment appuyées sur l’exploitation d’un téléphone portable attribué à Anthony Sidati. Les enquêteurs y auraient découvert des éléments faisant état d’une tentative de virement bancaire ainsi que plusieurs échanges relatifs aux mouvements des fonds. Les analyses des transactions bancaires, impliquant différents établissements financiers et une société commerciale, ont permis de retracer le circuit emprunté par l’argent détourné depuis le compte de l’hôpital.
Constitué partie civile, l’Hôpital psychiatrique de Thiaroye, représenté par Me Assane Seck, avait sollicité la condamnation des prévenus au remboursement intégral des 100 millions de FCFA détournés, ainsi que le paiement de 20 millions de FCFA à titre de dommages et intérêts, soit un total de 120 millions de FCFA. La défense avait également tenté d’engager la responsabilité de la Société générale, estimant que la banque avait fait preuve de négligence dans le traitement des opérations litigieuses. Cet argument n’a toutefois pas été retenu par le tribunal.