Une affaire judiciaire particulièrement sensible oppose actuellement le professeur Moussa Seydi à une enseignante accusée d’avoir tenu de graves accusations contre le service des maladies infectieuses de l’hôpital Fann. Le praticien réclame 300 millions de francs CFA de dommages et intérêts à Paulette Rita Xavière Badiane, poursuivie pour diffamation après avoir publiquement affirmé qu’une erreur médicale aurait provoqué la mort de sa belle-mère.
L’affaire a été examinée le mercredi 11 mars 2026 devant le tribunal correctionnel de Dakar. Lors de l’audience, le parquet a requis une peine de six mois d’emprisonnement avec sursis ainsi qu’une amende d’un million de francs CFA contre la prévenue.
L’origine du litige remonte à l’année 2025 lorsque Paulette Rita Xavière Badiane, enseignante et médiatrice interculturelle à la migration, a publiquement mis en cause le service des maladies infectieuses de l’Hôpital Fann. Elle affirmait alors que sa belle-mère serait décédée à la suite d’une erreur médicale commise au sein de ce service dirigé par le professeur Moussa Seydi.
Ces accusations ont rapidement suscité une vive controverse, notamment en raison de la réputation du service hospitalier et du profil du médecin concerné. Considérant que ces déclarations portaient atteinte à son honneur et à l’image de la structure qu’il dirige, le professeur Moussa Seydi a décidé de porter l’affaire devant la justice.
Dans le cadre de l’enquête ouverte après ces accusations, la prévenue, domiciliée à Nord-Foire et mère de deux enfants, a été interpellée puis entendue par les enquêteurs. Elle a expliqué que ses propos avaient été prononcés sous le coup de l’émotion et de la colère après le décès de sa belle-mère. Reconnaissant le caractère excessif de ses déclarations, elle avait présenté des excuses.
Malgré ces regrets, la procédure judiciaire s’est poursuivie. Inculpée par le juge d’instruction du huitième cabinet du tribunal de Dakar pour diffamation, Paulette Rita Xavière Badiane a été placée sous contrôle judiciaire dans l’attente de son procès.
À la barre du tribunal correctionnel de Dakar, l’enseignante a de nouveau exprimé ses regrets. Elle a expliqué que ses propos avaient été tenus dans un moment de profonde détresse et qu’elle souhaitait simplement partager sa version des faits avec l’opinion publique. Selon elle, cette prise de parole était également motivée par la publication d’un article sur le site Pulse qui relayait la version de l’hôpital concernant les circonstances du décès.
Ces explications n’ont cependant pas convaincu la partie civile. Le professeur Moussa Seydi, par l’intermédiaire de ses avocats, estime que les accusations portées contre son service sont extrêmement graves et qu’elles ont porté atteinte à la crédibilité du service des maladies infectieuses de l’hôpital Fann.
À ce titre, il s’est constitué partie civile et réclame une indemnisation de 300 millions de francs CFA pour le préjudice moral et professionnel qu’il affirme avoir subi. L’un de ses conseils, l’avocat El Hadji Diouf, s’est montré particulièrement ferme à l’audience. Il a dénoncé des accusations qu’il juge infondées et susceptibles de ternir l’image d’un service hospitalier public.
Dans ses réquisitions, le procureur de la République a estimé que les propos tenus par la prévenue constituent une atteinte à l’honorabilité d’un service public de santé. Selon le ministère public, ces déclarations relèvent de la diffamation et peuvent nuire à la réputation d’une institution hospitalière.
Le parquet a ainsi demandé au tribunal de condamner la prévenue à six mois d’emprisonnement avec sursis assortis d’une amende d’un million de francs CFA.
La défense, de son côté, a tenté de contester la procédure et la qualification des faits. L’avocat Seyba Danfakha a soutenu que sa cliente s’était exprimée parce qu’elle pensait sincèrement qu’une négligence médicale avait conduit au décès de sa belle-mère. Selon lui, il ne s’agissait pas d’une volonté délibérée de diffamer.
Un autre conseil de la défense, Moussa Sarr, a soulevé une question juridique importante concernant la recevabilité de la constitution de partie civile. Il estime que l’action en justice devrait être introduite par l’hôpital Fann lui-même en tant que personne morale et non par le chef du service à titre individuel. Puisque l’établissement hospitalier n’a pas porté plainte, l’avocat considère que les conditions juridiques de l’infraction ne seraient pas réunies.