Justice
DOSSIER – LE DAKAROIS / NOUVELLE CONVOCATION AU POOL FINANCIER JUDICIAIRE OÙ IL A PASSÉ HIER JEUDI SEPT TOURS D’HORLOGE , FINALEMENT SANS ÊTRE ENTENDU, SUR UN DOSSIER NON ENCORE RÉVÉLÉ ET DONT IL IGNORE L’EXISTENCE : QUI EN VEUT À KHADIM BÂ ? FINALEMENT !
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par
Le Dakarois
L’étrange feuilleton judiciaire de Khadim Bâ connaît de nouveaux rebondissements. L’homme d’affaires a été convoqué jeudi au Pool judiciaire financier. Il s’ y est rendu mais il est reparti sans avoir été entendu. Khadim Bâ, le patron de Locafrique, a , en effet, passé près de sept heures dans les locaux du PJF, cité par les enquêteurs pour être entendu sur un dossier qu’il ignore lui-même. Ses avocats n’étaient pas là, et sans eux, l’audition n’a pas eu lieu.
Sept heures. Une éternité pour un homme qui a déjà passé plus de 20 mois derrière les barreaux dans une affaire douanière qui, selon ses soutiens, ne tient plus debout. Mais alors, pourquoi ce nouveau déplacement, cette mise en scène ? Pourquoi le convoquer pour ne pas l’entendre ? Pourquoi le faire patienter des heures, lui qui a déjà été privé de liberté pendant près de deux ans, dans une procédure que même l’expertise judiciaire a vidée de sa substance ? À écouter ses proches et ses avocats, la réponse est claire : quelqu’un cherche à le maintenir en prison. Peu importe que le premier dossier soit désormais considéré comme « vide » par les experts mandatés par le tribunal. Peu importe que l’homme ait contribué, entre 2017 et 2022, à éviter des délestages massifs au Sénégal en mobilisant ses propres garanties financières pour garantir l’approvisionnement en carburant du pays. Peu importe que les cargaisons qualifiées de « fictives » aient été réceptionnées, utilisées et documentées.
L’affaire Khadim Bâ n’est plus une affaire judiciaire. C’est une épreuve de force. Et cette convocation du 18 juin en est la dernière illustration en date : un déplacement, des heures perdues, une absence d’avocats, et un homme qu’on renvoie dans sa cellule sans avoir rien entendu de sa défense. Du temps qui passe, des droits bafoués, et la justice qui s’enlise dans une forme de mise à l’épreuve méthodique.
Rappelons les faits : Khadim Bâ est poursuivi pour une créance douanière colossale, estimée à près de 215 milliards de FCFA. Mais l’expert Gory Ndiaye, nommé par le tribunal lui-même, a conclu qu’aucune infraction douanière n’était établie. Les importations ont été déclarées, les droits payés, les cargaisons réceptionnées. Les transactions, conformes à la réglementation de la BCEAO, ne présentent aucune trace de fraude ou de contrebande.
Malgré ce rapport accablant pour l’accusation, Khadim Bâ est toujours en détention. Le juge, insensible aux demandes de mise en liberté provisoire, l’a maintenu derrière les barreaux, au mépris des conclusions de son propre expert. Le patronat sénégalais, par la voix du CNDES, dénonce une injustice qui ne peut plus durer. Le Forum du Justiciable exige l’équité. L’affaire a même été portée devant le Groupe de travail des Nations Unies sur la détention arbitraire.
Qui lui en veut ?
Cette question, désormais, tout le monde se la pose. Les observateurs, le patronat, la société civile, la communauté internationale. Trois hypothèses se dessinent :
Le contentieux douanier : un bras de fer financier: 1- L’administration douanière réclame 215 milliards de FCFA. Un montant qui justifierait l’âpreté des poursuites, mais pas le refus obstiné de prendre en compte les éléments disculpatoires. La Douane conteste la réalité de livraisons dont elle a pourtant elle-même encaissé et tamponné les quittances. 2- La thèse politique : un homme pris dans les rets du pouvoir
Les avocats de Khadim Bâ sont formels : son dossier est une « commande politique ». Selon Me Djiby Diallo, le nouveau régime considérerait l’homme d’affaires comme un prête-nom de l’ancien président Macky Sall. L’ambassadeur de la paix des Nations Unies, le Dr Michael K. Obeng, affirme lui aussi que sa détention est motivée par des raisons économiques et politiques. L’élément déclencheur pourrait être un différend avec l’État autour de la SAR : Khadim Bâ y avait acquis 34 % des parts en 2019, avant de voir ses actions diluées à 0,5 % sans compensation. Son arrestation serait intervenue peu après qu’il a engagé une action en justice contre le Sénégal. 3- Une procédure opaque et des « accidents » répétés : – Au-delà des acteurs identifiés, l’opacité des procédures interroge. La défense dénonce des délais non respectés, l’absence de réponse à ses recours, et une instruction qui s’enlise. La convocation du 18 juin, une fois de plus, ne semble obéir à aucune logique judiciaire claire. Simplement à une volonté de faire durer, de maintenir la pression.
Cette affaire, au-delà du cas individuel de Khadim Bâ, envoie un signal alarmant au monde des affaires. Le patronat sénégalais s’est mobilisé, dénonçant une injustice qui ne peut plus durer. Le président du CNDES a interpellé le chef de l’État, estimant que cette affaire constitue un test décisif pour l’attractivité du Sénégal. L’homme qui, entre 2011 et 2022, a préfinancé l’approvisionnement énergétique du pays pour éviter des délestages massifs, se retrouve aujourd’hui derrière les barreaux. Un paradoxe que ses soutiens résument en une question : comment encourager l’investissement privé si ceux qui participent au développement national sont traités de la sorte ?
Alors que Khadim Bâ cumule plus de 20 mois de détention, son sort semble scellé par des logiques qui échappent au seul cadre judiciaire. La convocation du 18 juin, cette attente de sept heures pour une audition qui n’a jamais eu lieu, apparaît comme une mesure de plus dans un dispositif dont l’objectif semble être de maintenir l’homme sous les verrous.
Reste à savoir si la pression internationale, l’indignation du patronat et les conclusions accablantes de l’expertise judiciaire suffiront à lever ce qu’une partie croissante d’observateurs considère comme un acharnement. Car au-delà d’un homme, c’est la confiance des citoyens et des investisseurs dans les institutions qui est en jeu. Et dans cette affaire, la justice sénégalaise est en train de perdre une bataille essentielle : celle de sa crédibilité.
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